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Une rencontre chez Leo Leonard

Quand l'inspiration se trouve dans les nuages Minimalisme chaleureux

Par Yamina Benahmed 

 

Leo Leonard a accompagné mon adolescence, comme celle de tant d’autres : une voix, une présence, un souvenir toujours très net. Chanteur et compositeur, il explore désormais un territoire plus personnel en solo après plusieurs projets d’envergure, notamment The Pirouettes et Coming Soon. À l’occasion de la sortie de son nouveau single, « Au revoir mon amour », j’ai eu envie de lui proposer un entretien qui, d’emblée, s’est imposé comme une parenthèse singulière.

L’intention était simple : faire dialoguer architecture et musique, et l’inviter à évoquer son travail depuis le lieu même où il se crée, pour approcher l’espace qui l’entoure : son intimité, son quotidien, et ce lieu en apesanteur, presque au-dessus des nuages, où naissent, à l’écart du tumulte, ses chansons. La curiosité pour l’envers du décor est assez commune : saisir un quotidien, deviner des rituels, percevoir ce qui se joue hors champ. Avec la musique, ce désir prend une résonance particulière, peut-être celle du parasocial : un lien asymétrique, diffus, qui fabrique une familiarité sans rencontre. Mais avec Leo Leonard, j’ai eu envie de la provoquer. « Est-ce que tu accepterais qu’on se rencontre pour un entretien, avec une petite particularité : le faire chez toi ? »

Leo Leonard, chanteur.

La musique a commencé très tôt pour toi, bien avant ta carrière solo, notamment avec ton premier groupe, Coming Soon. J’ai d’ailleurs découvert que vous aviez collaboré avec Olivia Ruiz !

 

Oui, on a fait quelques collaborations à l’époque ! Il y a eu Olivia Ruiz et Étienne Daho aussi… Il nous a beaucoup soutenus !

 

Très classe ! Dans ce groupe, il me semble qu’il y avait également ton frère ?

 

Oui, mon grand frère, connu sous le nom de Ben Lupus, et je dois dire que je lui dois beaucoup, notamment ma passion pour la musique. Quand il était encore au lycée, il a formé un groupe avec Billy, qui en était le deuxième membre. Ils ne connaissaient aucun batteur à l’époque et, par chance, ils ont fait appel au petit frère : moi, alors que j’étais encore un enfant. Dès l’école primaire, j’étais donc déjà dans un groupe de rock avec des lycéens ! Ça m’a très tôt appris à faire de la scène, parce qu’assez rapidement, on a commencé à donner des concerts. C’est aussi de cette manière que ma passion s’est développée. En grandissant, j’ai su que c’était ce que je voulais faire, et que je le ferais toute ma vie.

Il paraît que vers l’âge de cinq ans, tu as bricolé ta première batterie en mode DIY. J’en déduis que c’était par nécessité ?

 

C’est un peu ça. Il n’y a pas eu de moment où je me suis dit : « De quel instrument j’ai envie de jouer ? » C’est juste que mon frère jouait de la guitare dans sa chambre, et il fallait que je trouve une manière de l’accompagner. Taper sur des caisses, c’était peut-être ce qu’il y avait de plus simple…

 

Taper sur des caisses ?

 

Oui, je dois avoir une photo de cette première batterie, je pourrais te l’envoyer ! C’était un mélange de « percu-jouet » qu’on avait acheté chez IKEA, et de caisses en plastique et en métal… Bref, une première batterie plutôt cool ! Plus tard, j’ai eu une batterie-jouet un peu plus élaborée, et enfin, une vraie batterie quand j’ai commencé à prendre des cours. Donc oui, c’était par nécessité, mais je pense aussi que j’avais un certain don pour la rythmique !

Quand tu as commencé à prendre ce chemin au sérieux, celui de chanteur et de musicien, tu t’es senti soutenu ?

 

Coming Soon a évolué pendant des années, et ça a continué même après le lycée, quand j’ai quitté Annecy pour m’installer à Paris. On a eu un certain succès, qui nous a permis de passer à la télé, de jouer dans des festivals, etc. Mes parents étaient donc plutôt rassurés : ils comprenaient que ça pouvait devenir une véritable perspective de carrière. La présence de mon grand frère les rassurait aussi. Ils sont super cool, très ouverts, et ils nous ont toujours élevés dans la musique : ils encourageaient cette voie.

 

Comment tu as vécu ton arrivée à Paris, et qu’est-ce que la “ville” a changé pour toi ? Quand je dis “la ville”, j’entends la grande ville ! Est-ce que tu y as trouvé facilement ta place en tant qu’artiste ?

 

Dès mon arrivée, j’ai emménagé dans un appartement avec Victoria, ma copine de l’époque et ma partenaire dans The Pirouettes. On est restés dans ce logement environ quatre ans, et il se trouve qu’on s’est fait cambrioler deux fois, assez rapidement après notre emménagement. Ce n’était donc pas l’arrivée la plus welcoming qui soit ! C’était un peu du genre : « Ah, c’est ça la vie, mon gars : c’est dur », tu vois… c’est ça, la grande ville !

 

Deux cambriolages… la super catastrophe ?

 

Oui… mais pour le meilleur : on s’est fait voler nos MacBooks, on a perdu plein de chansons en cours, on a dû les refaire — et on les a refaites en mieux. Et ça a même donné lieu au premier concert de The Pirouettes : Asterios Spectacles nous a organisé une date avec Fauve, suite à la publication d’une chanson liée au cambriolage. On en parlait sur un ton un peu fun, en anglais, et la programmatrice nous a proposé cette date après avoir vu la vidéo. Finalement, cet incident a déclenché beaucoup de bonnes choses !

Un mal pour un bien, j’ai envie de te dire !

 

Oui, clairement. Et d’ailleurs, au fil des années, je me suis senti de plus en plus à ma place à Paris. Quand un projet musical marche bien, toutes les portes s’ouvrent : on se sent entouré, et des opportunités hors du commun nous tombent dessus. On pensait que c’était normal…

 

Vous étiez très jeunes, difficile de ne pas s’y habituer.

 

On était très jeunes, et j’avais eu l’expérience de Coming Soon encore plus jeune. Je pensais que si on se donnait les moyens, ça marcherait forcément. Aujourd’hui, je me demande s’il y a assez de place pour tout le monde. Mais pendant ma vingtaine, je me sentais plutôt welcome à Paris, plutôt bien là où j’étais.

 

Ça t’arrive encore de collaborer avec ton frère ?

 

Bien sûr ! Il sort bientôt un album en français, et je chante sur un titre, « La Tristesse ». Dès que j’écris un texte, je le lui fais valider : c’était déjà le cas à l’époque de The Pirouettes. J’ai vraiment confiance en lui, il est très érudit, plus smart que moi. C’est lui qui écrit mes bios, par exemple, et quand il faut envoyer un truc à des journalistes, il relit derrière.

 

Presque un chargé de communication !

 

Oui, un peu, mais pas seulement : il a fait des études de philo, il parle super bien, donc je fais souvent appel à lui et on collabore en permanence.

 

En parlant de tes collaborations, j’ai réécouté « Lâcher Prise » de The Pirouettes, en featuring avec Timothée Joly. Je me demandais si tu avais envie de retravailler avec lui à l’avenir.

 

À fond ! Timothée, c’est un super pote. On a déjà retravaillé récemment sur « Les Yeux Fermés », un feat avec la rappeuse 47 MEOW : en cherchant qui pourrait produire le titre, on a naturellement pensé à lui. C’était une collaboration à trois têtes. Et ça pourrait se reproduire : on a même fait des séminaires d’écriture tous les deux pour d’autres artistes.

C’est génial… mais attends, des séminaires d’écriture ? Je suis vraiment curieuse : en quoi ça consiste, concrètement ?

 

Ça se passe dans un studio : plein de singers et de songwriters se réunissent et créent des chansons pour un artiste en particulier. Là, en l’occurrence, c’était pour Lilly Wood and the Prick.

 

C’est assez amusant comme concept : j’y vois un côté Power Rangers… unir vos forces pour servir un projet !

 

C’est très courant, franchement ! On l’avait déjà fait à l’époque de The Pirouettes, pour l’album Équilibre : trois morceaux sont nés lors d’un writing camp à Bruxelles, au studio ICP. Ça nous a permis d’entrer en contact avec plein de producteurs qu’on n’aurait pas forcément rencontrés naturellement. Donc oui, c’est génial : c’est une super manière de faire un album.

 

Entrons un peu dans le cœur de ta carrière solo, avec tes trois derniers EP. En réécoutant Vérité (2022), Lucky Star (2023) et Best Buddy for a Run (2024), j’ai l’impression qu’un motif revient souvent : les déceptions amoureuses, les doutes, les états d’âme. Est-ce que tu partages ce constat ? Et si oui, pourquoi ce thème revient-il autant dans ton écriture ?

Je suis super d’accord, mais en ce moment, je me sens très amoureux ! Je suis dans une relation depuis près de deux ans qui me rend heureux. J’ai aussi connu pas mal de déceptions amoureuses, et ça continue de m’inspirer, parce que l’amour reste une source d’inspiration universelle. Tu sais, comme on m’a connu via The Pirouettes, j’avais un peu cette image du boyfriend. Inconsciemment, ça m’a marqué et j’aime bien appuyer sur cette idée : un mec au cœur brisé, un éternel insatisfait, voire un ladies man. Mais l’idée, c’est que les gens puissent s’identifier : je parle de mes sentiments, dans l’espoir que ça parle aux autres.

« Je n’ai pas envie d’oublier mes racines folk, elles font partie de moi et elles m’ont aidé à faire de la pop plus tard. J’ai cette culture du songwriting : je viens du guitare-voix. »

Dans l’un des titres de Best Buddy for a Run, « Better self », je sens beaucoup d’espoir et d’introspection. Et aujourd’hui, je te perçois plus apaisé.

 

Merci, ça me touche que tu dises ça…

 

Est-ce que tu as le sentiment d’avoir trouvé un « meilleur toi », ou est-ce encore en construction ?

 

Oui, c’est exactement ça ! C’est l’idée de la chanson : essayer de quitter ses travers, ses démons, pour aller de l’avant et devenir une meilleure personne. Je me sens plus apaisé qu’avant, et ça, c’est déjà une petite victoire, même si je ne dis pas que c’est gagné : comme tout le monde, j’ai des phases de down. Mais j’ai l’impression qu’en grandissant, avec la maturité, ça va mieux, parce que j’arrive à mettre des mots là-dessus dans mes chansons. Dans ce titre, « Better self », je dis qu’il ne faut pas vivre dans le passé, ni se perdre dans « ce qui aurait pu être », parce que c’est passé : on ne peut rien y faire, donc autant ne pas se foutre le moral dans les chaussettes !

 

Dans ton nouveau single intitulé « Au revoir mon amour », est-ce que le ton est plus optimiste, même si le titre évoque le départ, ou est-ce une fausse piste ?

 

Je suis désolé de te décevoir, mais ce n’est pas hyper optimiste. Déjà, rien que le titre… Mais ce qui est marrant, c’est que je ne l’ai pas écrit en pensant à une rupture amoureuse : plutôt à une rupture amicale. Et puis, pendant le processus d’écriture, je me suis rendu compte que c’était plus simple de le mettre sous l’angle d’une rupture amoureuse. Au final, je pense que ça marche pour les deux : c’était un peu l’idée. Cela dit, le morceau est assez entraînant, un peu bossa nova. Tu peux l’écouter sans trop te focus sur les paroles et passer un bon moment. Ce n’est pas un morceau négatif, pour autant.

Et pour construire ce projet, est-ce que tu as exploré de nouvelles pistes, que ce soit dans le son, ta manière de créer ou les collaborations… sans spoiler ?

 

On peut spoiler, pas de souci. Pour la compo, je suis parti d’une guitare : à la base, c’étaient des guitares-voix, qu’on a ensuite arrangées en studio avec mon ami Jérémy Rassat, le producteur historique de The Pirouettes. On a toujours tout fait avec lui. Il a un studio à Annecy, et j’aime bien y aller quand je repasse chez mes parents : c’est agréable d’y bosser et de rentrer le soir chez eux. Et puis, Jérémy est très talentueux, donc je fais appel à lui. D’ailleurs, il avait déjà produit mon EP solo « Lucky Star ». Là, je suis encore en cours d’écriture : l’EP est presque fini, j’ai déjà six titres prêts, mais j’ai peut-être envie d’ajouter des featurings. Le projet sortira donc d’ici quelques mois, en juin.

 

« Je nourris ma créativité avec beaucoup de lecture et de séances ciné… des classiques français, dont Les Misérables, pas mal de BD, comme celles de Jérémie Moreau. Dans ma bibliothèque, on retrouve aussi deux livres audio de mon frère : ses albums s’accompagnent toujours d’un livre. »

Ça fait très “projet de la maturité”, comme une sorte de nouvelle direction. C’est peut-être un peu cliché, mais ce noir et blanc a quelque chose de solennel. 

 

Quelque chose de sérieux [Rires] ! Le problème, c’est qu’on est toujours un peu tenté de dire que c’est “le projet de la maturité” à chaque nouveau projet, tu vois… c’est un peu une blague.

 

D’ailleurs, pour toi, c’est quoi les ingrédients indispensables d’une bonne chanson pop ?

 

La mélodie, surtout une mélodie de voix accrocheuse. Et côté texte, les “mots-clés” : une phrase un peu marrante, un peu crue, un mélange de mots qui saisit l’auditeur. Mais il faut que ça garde du sens, sinon c’est tricher. Là, j’ai un morceau qui s’appelle « Kalashnikov Girl » : “kalashnikov”, c’est venu comme ça… ça sonnait bien. En ce moment, je trouve que Miki fait ça très bien en France. Je me permets de la citer, même si ce n’est pas la référence la plus niche.

 

Elle s’est installée dans le paysage il y a… à peine un an ? Je me souviens qu’elle avait supprimé ses anciens sons, comme pour repartir de zéro, avec un vrai rebranding. Et c’est il y a un an que j’ai entendu « Échec et mat » pour la première fois !

 

Ouais, t’as raison. Et puis, ce que j’aime bien, c’est qu’elle joue là-dessus, sur le côté rebranding, elle l’assume : son album s’appelle Industry Plant ! Bref, si j’en parle, c’est parce que je trouve que c’est elle qui propose le truc le plus excitant en ce moment, en termes d’écriture de chanson en français.

J’imagine que cet appartement est une grande source d’inspiration… Il est très chaleureux. Par exemple, j’ai tout de suite remarqué le lambris au plafond de l’entrée.

C’est vrai, et je trouve que le bois apporte un petit côté « bateau ». Il était déjà là quand je suis arrivé et j’ai choisi de le garder.

 

Du coup, est-ce que tu reçois beaucoup ?

 

Franchement oui, mais moins que je ne l’imaginais au début. En arrivant ici, je me suis vraiment dit : « Ça va être les meilleures teufs du monde, c’est un appart à teuf ! » Et c’est vrai : l’espace est grand, donc on en a fait, évidemment. Aujourd’hui, j’ai 33 ans et, petit à petit, je fais de moins en moins la teuf. Cela dit, ça reste un appart où ça arrive. On a déjà fait des soirées jusqu’au petit matin, notamment avec des musiciens, où ça jammait ! J’ai des vidéos de ces moments-là, et ce sont des choses que je chéris. Surtout avec la vue : quand le jour se lève, c’est très, très beau.

 

Vivre si haut, ça représente quoi pour toi ? Plutôt un besoin de calme, de distance, de paix ? Et au quotidien, comment tu le vis ?

 

En quittant mon ancien appartement, je tenais vraiment à avoir une vue dégagée dans le prochain : c’était devenu un critère, parce que j’avais passé des années avec des vis-à-vis terribles et je n’en pouvais plus. Après, je ne pensais pas forcément me retrouver au 20e étage, donc j’ai vraiment de la chance : j’adore être en hauteur, au-dessus de la ville. C’est hyper chill : il n’y a quasiment pas de bruit. Parfois, j’ouvre les fenêtres et j’ai l’impression qu’il n’y a même pas de circulation ; j’exagère un peu, mais il y a clairement moins de bruit que lorsque l’on habite au troisième étage. Donc ça, c’est très agréable. Et puis, je trouve aussi que ça rend humble.

Humble?

 

Humble, de voir à quel point on est nombreux : toutes ces fenêtres, ces des gens, leurs vies, leurs problèmes. Ça te fait redescendre, tu te dis qu’on fait partie d’un tout, qu’il faut se calmer. Et en même temps, c’est inspirant. Franchement, c’est trop kiffant, j’ai trop de chance. Et puis, je me suis promis un truc quand j’étais plus jeune. Un jour, chez un pote au dernier étage, je voyais les avions dans le ciel, et moi je n’avais jamais eu ça ! Là, j’ai de grandes portions de ciel dégagé, je vois les traînées blanches des avions… Ça te rappelle que le monde est vaste et qu’à tout moment tu peux te casser, aller ailleurs. C’est important pour moi.

 

Je comprends… ton appartement est un vrai point d’ancrage ! Et sur scène, tu as un équivalent : un objet fétiche, un porte-bonheur que tu emportes avec toi ?

 

Je ne l’ai pas systématiquement sur moi sur scène, mais ma mère m’a offert, il y a quelques années, un trèfle à quatre feuilles cristallisé dans un petit dé. C’est un peu mon objet porte-bonheur et je l’emporte avec moi quand je pars en tournée !

 

À part ça, tu as aussi des petits rituels quand tu crées ? J’en sais très peu sur ton processus de création : comment tu structures tes idées et tes sentiments pour arriver à une composition claire ?

 

La mélodie prime toujours. Je pars d’une suite d’accords à la guitare ou au synthé, puis je pose une mélodie de voix. Le texte vient ensuite, selon le mood de l’instru.

Finalement, est-ce qu’on ne pourrait pas considérer qu’écrire, composer, mettre en musique une chanson, c’est du design ?

 

Oui, on peut parler de “design”, surtout dans l’arrangement : trouver les bons instruments pour que ce soit agréable à l’écoute…Tu fais en sorte que le tout soit harmonieux et que l’auditeur ait envie d’entrer dans le texte.

 

Tu penses avoir de la facilité à te mettre à la place de ton public ? Comme tu baignes dans la musique depuis toujours, est-ce que ça ne crée pas un biais, au point de compliquer l’écoute de tes morceaux avec l’oreille d’un auditeur « lambda » ?

 

En vrai, tu ne peux jamais vraiment te mettre à la place des autres : tu ne sauras jamais comment ils vont le prendre. Mais au moment de composer, le moteur, c’est d’imaginer comment mon entourage proche, mes amis, vont le recevoir… et mine de rien, ça aide.

 

En tout cas, ça te fait un échantillon, et pas des moindres !

 

Oui, c’est important, parce qu’on fait de la musique pour les autres. Donc j’essaie de me projeter, en me basant aussi sur les retours qu’on m’a déjà faits. Après, il faut se faire confiance : je compose, mais je suis aussi auditeur, j’écoute beaucoup, je sais ce qui me touche chez certains artistes, et j’essaie de recréer ça.

Est-ce que, pour toi, la voix d’un chanteur, quand on l’entend, peut agir comme la main d’un architecte, et conditionner, guider, influencer les mouvements intérieurs de celui qui la rencontre ?

 

Carrément ! Et il y a aussi des voix qui nous parlent plus que d’autres. Je suis très sensible au timbre, plus qu’à la technique. Pas forcément celle d’un « bon chanteur », mais une voix avec laquelle je me sens en confiance. Je peux citer, par exemple, Julian Casablancas davantage pour ses mélodies que pour son timbre. Sur ce terrain, mon chouchou, c’est Lou Reed : dès qu’il chante, je me sens bien et j’ai envie d’écouter ce qu’il raconte. C’est cette confiance-là, entre l’auditeur et l’artiste, qui est importante.

 

Et comment on aménage un appartement quand on est artiste ? Qu’est-ce qui est primordial pour toi ?

 

Le silence, la hauteur, on en a parlé, mais la lumière, c’est hyper important aussi : je voulais un appart lumineux ! Et j’aime bien avoir des miroirs, parce que c’est con, mais quand tu composes, c’est agréable d’aller devant la glace pour chanter, tester une mélodie, et voir comment ce que tu racontes “réagit” avec ton corps, ta tête.

 

C’est marrant, ce rapport à l’expression scénique !

 

Oui, c’est un peu narcissique, mais souvent, mes meilleures phrases me sont venues comme ça : devant une glace, à faire le chanteur. T’es tout seul, t’as pas peur du ridicule : tu interprètes, tu vis le truc. Du coup, j’essaie de me sentir bien dans l’endroit où je crée, avec une déco qui me parle : j’ai des tapis au sol, comme dans les studios de répétition, des enceintes au design 70’s, des instruments, etc. Et j’ai aussi des tours de rangement pour CD : ça me rappelle que je suis mélomane, et tous les artistes qui m’influencent.

« Je tiens beaucoup à ce bonsaï. Je l’ai acheté après une séparation : mon ex avait un chat auquel j’étais très attaché… c’était une manière de me consoler. Je me suis dit que j’allais en prendre soin, mais c’est un sacré challenge ! »

C’est décoratif ou tu possèdes un lecteur CD ?

 

Purement décoratif. Je n’ai même pas de lecteur CD. C’est juste un gros truc qui prend de la place… mais mine de rien, c’est esthétique !

 

Donc, pour toi, c’est important d’en faire un lieu de mémoire, en y installant des objets précis, des souvenirs de voyage ?

 

Oui, j’aime bien couvrir mon frigo de magnets, par exemple. À chaque fois que je vais quelque part, j’en ramène. Je suis allé plusieurs fois au Maroc récemment : j’en ai acheté là-bas, et j’en ai aussi des États-Unis ! Je n’aime pas trop les endroits hyper épurés ; je préfère que ça fourmille un peu, qu’il y ait plein de petites choses à regarder, plein de détails.

 

Ça t’arrive d’enregistrer ici ? Est-ce que certains morceaux sont nés dans cet appartement ?

 

Tous mes morceaux récents sont nés dans cet appartement. Après, je n’enregistre pas “au propre” ici : je maquette seulement, j’enregistre des démos. Je finis toujours en studio pour réenregistrer les voix avec de meilleurs micros, et les instruments aussi, dans de meilleures conditions.

 

Et comment tu vis l’émergence de nouvelles pratiques de promo, comme TikTok, qui n’existaient pas quand tu as commencé ? Avec la vitesse, la pression, cette impression de surconsommation… comment tu fais pour ne pas te laisser submerger ?

 

Je suis un peu nostalgique de l’époque où l’on regardait davantage de clips. À un moment, YouTube avait vraiment plus d’importance…

 

L’époque Vevo…

 

Oui ! À cette époque, on mattait des clips en entier, et ça laissait bien plus de place à l’expression artistique qu’une vidéo de 30 secondes. Aujourd’hui, tout le monde fait des mini extraits verticaux, souvent très simples, donc je m’adapte : je viens de sortir un nouveau morceau, je vais tourner des formats courts qui accrochent tout de suite. Mais à côté, j’attache quand même de l’importance à continuer de sortir des clips, des formats longs, même si beaucoup n’en verront qu’un extrait. Ça ne m’enchante pas, mais je m’adapte.

 

On voit pas mal d’artistes dits “niche” devenir mainstream en ce moment : toi, tu le vois plutôt comme une forme de dilution, ou comme une ouverture ?

 

Découvrir un artiste avant qu’il ne devienne mainstream, c’est un peu un privilège : c’est agréable. Mais tant mieux si, ensuite, ça touche un maximum de cœurs. Moi, j’ai envie que ma musique parle au plus grand nombre, donc être mainstream ne me dérange pas, tant que ça ne veut pas dire faire des concessions. Des artistes comme Lana Del Rey ou The Strokes l’ont fait : rester fidèles à eux-mêmes, sans compromis, et ils ont fini par toucher le grand public !

Pour découvrir le nouveau single de Leo Leonard, « Au revoir mon amour », c’est ici !

Photographies : Jeanne Perrotte
Texte : Yamina Benahmed