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Voyage intérieur dans 58 m² à Paris

Un trois pièces parisien tel un oxymore. Situé aux quatrième et cinquième étages d’un immeuble des années 1930, à quelques pas seulement de la gare de Lyon, l’ensemble ne prête étonnamment pas à l’enthousiasme quand ses propriétaires – un couple amené à voyager fréquemment – décident de l’acquérir.
 

« Malgré sa date de construction, l’immeuble n’avait aucun charme. C’était le dernier survivant de son époque, dans un environnement urbain très restructuré depuis », précise Micaela Granja, architecte en charge de la rénovation du bien. Face à lui, de grandes tours bouchent la vue et sanctionnent son exposition est. Intérieurement, l’ensemble forme un patchwork de styles aussi incohérent qu’hétérogène : « J’ai conseillé à mes clients de ne rien conserver de l’existant pour repartir d’une feuille blanche – la seule contrainte observée étant de ne toucher à aucun élément structurel, pour ne pas alourdir le montant des travaux. » Seules quelques cloisons furent donc déposées, rationalisation bienvenue d’un espace anarchique : « Un bar placé en biais entravait toute tentative de déplacement. L’ensemble était tellement biscornu qu’on n’avait même pas la possibilité de positionner un canapé contre un mur ! J’ai d’abord cherché une logique à la circulation dans ces lieux », se remémore encore Micaela. Contre toute attente, elle décide de condamner l’entrée du quatrième étage. « On intégrerait donc l’appartement par le cinquième, avant de redescendre d’un niveau… comme dans un souplex ! »
 

Les espaces privés et publics, hétéroclitement dispatchés sur les deux étages, se voient alors redéployés et reliés par un escalier en colimaçon – trait d’union métallique qui amène, en douceur, de la partie jour (en haut) à la partie nuit. « En pénétrant directement dans l’appartement par le séjour, au cinquième, on supprimait de surcroît les espaces intermédiaires – couloir et entrée fermés, gourmands en place. » Redessiné, l’espace fait avant tout l’éloge de la courbe : « Elle prend naissance dans la cuisine, épouse la forme de la banquette sur mesure, s’enroule autour des marches entre les deux niveaux pour terminer sa course dans la chambre… » Un flux comme une vague, qui contrecarrerait les plus agressives géométries.
 

En même temps que l’architecte redonne sens à la topographie de l’endroit, elle choisit de le doter d’un tempérament nomade, fruit de ses origines équatoriennes et de l’humeur baroudeuse de ses clients. « Les murs sont volontairement blancs pour accroître la luminosité dont l’architecture avoisinante prive les lieux. La couleur, appliquée par touches, ramène à la nature, au vivant, au même titre que les matériaux choisis. » Au final, un espace solaire et délicieusement organique, dans lequel les propriétaires aiment faire étape entre deux pérégrinations.

Le 12e arrondissement dans le soleil d’automne. Le quartier de la gare de Lyon est un patchwork éclectique d’architecture ancienne…

… et de constructions modernes, récital de béton et de verre.

À deux pas de l’appartement, la promenade de la coulée verte, une enclave arborée et calme.

La porte d’entrée franchie, on pénètre directement dans le séjour, déjà synonyme de dépaysement. Table haute NV Gallery, lampadaire Valerie Objets.

Placards comme rangements jouent la carte de la légèreté et de l’ingéniosité.

Au-dessus du plan de travail en Silestone, les souvenirs rassemblés cultivent l’énergie pop.

Le blanc, de mise sur tous les murs, gomme les lignes pour une évocation comme en apesanteur, parfaitement orchestrée par Micaela Granja.

Chaud-froid réussi : les façades en chêne clair des meubles de cuisine dialoguent avec celles, graphiques, des éléments techniques.

Dans le séjour, le radiateur électrique est camouflé par un coffrage. Tous les sols à ce niveau sont en béton ciré, de chez Ressource.

Arrondir les angles, au propre comme au figuré : un des partis pris de Micaela Granja, notamment avec cette banquette en velours cramoisi. Applique Tom Dixon.

L’ancien escalier, trop imposant, a été remplacé par un modèle plus aérien, qui fluidifie les circulations.

Polarités inversées : la chambre est au niveau zéro de l’habitation.

La porte à galandage amène rondeur et chaleur à l’ensemble, qui reste volontairement sobre.

Dans la chambre de 13 mètres carrés, la tête de lit a été réalisée sur mesure.

La chambre a été conçue comme une suite d’hôtel, avec pièce d’eau attenante.

Variation sur le même thème : le motif courbe perdure, la porte de douche est en verre flûte. Clin d’œil sucré : l’intérieur des meubles de la salle d’eau a été peint en rose gourmand.
Dans le prolongement de la chambre, un bureau à l’écart offre un espace studieux.

Le bois chaud du sol, présent dans tout l’espace privatif, réchauffe les menuiseries réalisées sur mesure.

Les adresses « Les yeux fermés » de Micaela
 

Pour un apéro sur le pouce

LE BARON ROUGE

1 rue Théophile Roussel, 75012 Paris

J’aime m’y rendre en fin de journée pour boire un verre accompagné d’huîtres. L’ambiance y est très détendue.
@lebaronrouge_12
 
Pour des repas aux mille saveurs

MARTIN

24 boulevard du Temple, 75011 Paris

Des vins naturels, des plats à partager incroyables… J’aime beaucoup les propriétaires, amoureux des chiens – comme moi. Je pourrais y manger tous les jours.

@martinboireetmanger
 

Pour recharger durablement ses batteries

LA COULÉE VERTE RENÉ-DUMONT

75012 Paris

Une bulle d’oxygène en plein cœur de la capitale. J’aime y faire des pauses avec mon beagle, lire en toute tranquillité.
@lacouleeverte12

Banquette Béton ciré Bois Coffrage Design Escalier Tête de lit Velours Verre flûte

Photographies : Juan Jerez
Texte : Claire Stevens

Réalisation : Studio Micaela Granja