Attention, secret bien gardé… Bienvenue au Boudoir des Muses, adresse flamboyante nichée au cœur du Haut Marais parisien !

Installé au 6 rue de Saintonge, le Boudoir des Muses possède une histoire tumultueuse : ce théâtre sulfureux du XVIIIe siècle fut fermé en 1807 sur ordre de Napoléon himself, parce que « les dames qui s’y exhibaient auraient été de mœurs trop légères », puis fut ironiquement transformé en couvent avant d’être abandonné pendant plus d’un siècle. Son projet de réhabilitation a été mené par les architectes Fabrice Ausset et Michael Malapert, mandatés par le groupe hôtelier Elegancia.
Dès l’entrée, les codes sont posés : le sol en tapis sur mesure tissé main déroule un serpent stylisé – clin d’œil biblique qui invite à pécher avec élégance. Le desk en marbre Calacatta Viola, avec en fond une grille de confessionnal en laiton brossé, pose le décor : une sensualité quasi liturgique, tout en textures. Le canapé aux lignes arrondies invite à s’abandonner dans ce « purgatoire » feutré.
« Chaque espace devait raconter une histoire, sans renier la part d’ombre qui habite ces murs », résume ainsi l’architecte Michael Malapert.
Sous une coupole Directoire en verre et acier de 12 mètres de haut, le cœur du Boudoir s’élève dans un souffle dramatique. Cette verrière présentait une double difficulté : la préservation de sa charpente acier-verre d’origine et la mise en conformité avec les normes actuelles (sécurité incendie, désenfumage, accessibilité). La solution retenue a consisté à conserver l’intégrité de la coupole en intégrant un système de désenfumage discret, inséré dans les profils métalliques restaurés.
Autour de l’atrium, les coursives historiques en colimaçon ont été consolidées et transformées en circulations principales. Les planchers périphériques ont nécessité un renforcement structurel afin de répondre aux charges hôtelières, tout en respectant les contraintes de gabarit propres au bâti ancien. L’escalier monumental en bois, restauré plutôt que remplacé, devient un élément patrimonial actif dans la composition spatiale.
Les salons et loges qui bordent l’atrium sont meublés comme des alcôves secrètes : fauteuils en velours côtelé Pierre Frey, guéridons Gubi Epic Table en travertin, et lampes Santa & Cole à la lumière ambrée. Les murs, poudrés de teintes sombres donnent à la scène une profondeur presque charnelle.
Le bar sur mesure, tout en rondeurs de bois verni acajou et souligné de laiton, déploie une esthétique théâtrale accentuée par un jeu de marbres polychromes au sol. Ce patchwork fonctionne à la fois comme signal visuel et comme trame permettant de masquer les joints de dilatation nécessaires sur cette surface.
Direction les étages pour découvrir les chambres, toujours guidé par ce serpent pernicieux…
Secret ou fruit défendu… Les deux peut-être ?
Au-dessus du lit, un portrait de muse veille — Madone moderne ou icône d’avant-garde. La literie, signée Treca Paris, promet un sommeil quasi mystique.
Des robinetteries Axor et Duravit ponctuent les salles de bains dans une atmosphère minérale.
Des enceintes Devialet diffusent des murmures à peine audibles — promesse d’absolution sensorielle. Et, ultime clin d’œil : dans les toilettes, une urne à confession recueille les « péchés » des visiteurs.
Entre mémoire sacrée, imaginaire cabaret et hédonisme urbain, l’édifice offre une nouvelle lecture de l’architecture parisienne, où l’espace devient récit. Le Boudoir des Muses n’est pas un simple hôtel : c’est un décor vivant, un théâtre d’émotions où le religieux flirte avec le fantasme…
Photographies : Nicolas Anetson
Texte : Jordi Patillon












