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Home bar à Pigalle

Déshabiller un appartement pour faire apparaître son charme.Caroline et Antoine, les propriétaires de cet appartement niché sous les toits de Paris, en plein cœur de Pigalle voulaient "gagner de l'espace" ! Une transformation spatiale minime a considérablement chamboulé la façon dont ils l'occupent désormais. Comme quoi, la réponse à un besoin peut parfois dépendre de peu !

Outre la présence de meubles en bois sombre verni et d’un carrelage sans âme, la configuration de la cuisine d’origine n’était pas à l’échelle de ce beau trois pièces. Avant les travaux, la cuisine était cachée derrière une cloison qui se trouvait au ras de la fenêtre située au-dessus de l’évier. Il s’agissait d’une cuisine typique de certains appartements parisiens : un véritable couloir, avec au surplus, un plafond bien plus bas que celui de la grande pièce à vivre.

La réponse proposée par l’Atelier Desombre a été de déposer les cloisons et les plafonds pour mettre à jour ce qui s’y cachait. Validation faite, tout a été démoli et un poteau a été découvert dans l’angle de l’ancienne cloison, ainsi qu’une série de poutres anciennes.

Le poteau qui se trouvait seul dans le salon a finalement retrouvé avec qui former la paire et s’en trouve moins anecdotique qu’avant. L’îlot s’insère contre celui-ci et ses façades en épousent la forme au millimètre près.

Comme il était trop compliqué et trop coûteux de récupérer la même hauteur sous plafond partout, on a préféré conserver les poutres. On en a profité pour doubler la trame du plafond par l’insertion de luminaires linéaires blancs, imitant la géométrie initiale. Ouvert, le plafond de la cuisine écrase moins l’espace qu’à l’origine et offre la sensation voulue par les propriétaires.

La structure ancienne de l’appartement a été mise en valeur par un ponçage manuel et une peinture blanc mat. Le marbre, importé du Portugal, a été découpé pour s’intégrer en toute précision autour du poteau en bois au charme d’époque. Un mélange de matériaux nobles et de touches anciennes.

Si ils confessaient ne cuisiner que rarement avant les travaux, la nouvelle configuration aura amené Caroline et Antoine à passer derrière les fourneaux plus souvent, pour le meilleur, et pour le pire… faire sauter des crêpes entre les poutres n’est pas donné, même aux meilleurs jongleurs !

Référence aux tables de bistrots parisiens, le plan de travail en marbre blanc s’habille d’un cerclage en laiton poli sur toute sa périphérie jusque sur les façades cachant le réfrigérateur, le micro-onde, le congélateur et la chaudière. Même le four est invisible depuis le salon, puisque situé à l’arrière de l’îlot. Conçu sur mesure et laqué d’un vert intense spécialement créé pour le projet, l’îlot central est devenu la pièce maîtresse de l’espace : très profond, il permet d’y ranger la vaisselle et les robots ménagers de part et d’autre, offrant également un espace bar.

Comme une fenêtre sur le salon, la cuisine fait maintenant partie de l’espace de vie. Cadrée par les poutres et le portique formé par les poteaux en bois, la cuisinière garde un oeil et une oreille sur les convives qui profitent de l’apéro pendant qu’elle s’active aux fourneaux.

Les trois grandes fenêtres, qui s’ouvrent sur un balcon filant orienté plein Nord depuis lequel on aperçoit la Basilique du Sacré-Cœur, ne sont en fait pas les plus lumineuses de l’appartement.

Paradoxalement, c’est la plus petite des fenêtres, donnant sur la cour, qui apporte aujourd’hui le plus de lumière. Orientée plein sud, elle permet de profiter pleinement des reflets qui sont réfléchis par la laque verte, le marbre, et les détails en laiton que l’on retrouve un peu partout.

Même la suspension s’accorde parfaitement à la décoration initiale et à la nouvelle cuisine !

Sur le mur peint en vert, le marbre sombre de la cheminée prend une autre allure, et les plantes et la décoration revêtent un charme tout particulier. Si la couleur peut faire peur à beaucoup, elle n’a pas effrayé les propriétaires ! Choisir des teintes sourdes et vibrantes peut tout changer : loin de rétrécir l’espace, la continuité du vert entre la cheminée et la cuisine lui donne plus de profondeur. La cuisine est intégrée, sans être ressentie comme un volume indépendant qui flotterait dans le coin de la pièce.

Dans l’espace nuit en revanche, les teintes sont douces et les motifs fleurissent. Dans la chambre d’enfant, un lit à barreaudage a été placé sous le velux, sur un tapis de sol douillet. Le papier peint, placé sur le rampant, encadre l’ouverture sur le ciel parisien, et des dizaines d’animaux veillent pendant le sommeil.

Chez les parents, on retrouve la même douceur.

La lumière qui se diffuse se reflète sur le grand miroir chiné, posé sur le petit bureau faisant office de coiffeuse ou de coin lecture. Ici, pas de mobilier sur mesure ou de design ostentatoire, mais une commode en bois, une cloche Napoléon, et quelques bouquins.

Six étages, pas facile pour un chantier…

Mais ils valaient le coup d’être grimpés, ne serait-ce que pour la vue !

Photographies : Fabienne Delafraye
Texte : Margaux Desombre

Réalisation : Atelier Desombre, https://www.instagram.com/atelier_desombre