En révélant la structure brute de cet appartement des années 1960, Atelier Apara signe un projet lumineux et radical, tout en sobriété, où chaque intervention cherche à révéler l’existant plutôt qu’à transformer.
À Convention, dans le 15e arrondissement de Paris, un appartement de 80 mètres carrés construit en 1969 retrouve aujourd’hui sa vérité architecturale. Derrière les faux plafonds et les couches accumulées au fil des décennies, Atelier Apara, studio d’architecture fondé par Charlotte Guillochon et Victor Mesguich, révèle ce qui existait déjà : le béton, les réseaux techniques et la structure originelle imaginée par les architectes
Marc Villemant et Paul Verny. « Ce type d’architecture permettait naturellement de faire ressortir quelque chose de brut », confie Kévin, le propriétaire.
Lors de la première visite, un dégât des eaux dans la cuisine laisse apparaître une portion du plafond en béton brut.
« C’est ce qui a donné le ton sur l’esthétique qu’on allait mettre en place », raconte le duo d’architectes. Le projet démarre par un curage complet. Les plafonds en béton armé réapparaissent, tout comme les trous de banches ou encore, certaines plaques métalliques oubliées. Afin d’adapter l’appartement à un usage plus contemporain et familial, les architectes repensent une partie de la distribution pour y intégrer une seconde chambre, tout en préservant l’efficacité du plan d’origine. Pensé pour être mis en location [l’appartement est aujourd’hui habité par un chef étoilé, N.D.L.R.], le projet devait aussi composer avec un budget contraint. Conserver plutôt que remplacer devient alors une méthode : les radiateurs sont réemployés, les portes existantes conservées et les doublages limités au maximum afin d’éviter le recours systématique au Placo®.
Au cœur de l’appartement, la cuisine devient la pièce manifeste du projet. Sol en damier marron et blanc, éléments en inox vibré, menuiseries en okoumé teinté et lignes inspirées de Charlotte Perriand composent une partition brute et graphique. Et partout, au plafond, les tubes IRL métalliques deviennent un motif graphique à part entière : « Les gaines électriques sont d’habitude cachées derrière le Placo®. Là, on révèle enfin le temps et la minutie du travail de l’électricien », souligne Victor Mesguich. Malgré l’omniprésence du béton, l’appartement ne bascule jamais dans une esthétique froide. Traversant et largement ouvert sur l’extérieur – avec trois loggias totalisant près de 30 mètres carrés – il bénéficie d’une lumière constante. « L’appartement avait déjà tout fait pour nous », reconnaissent les architectes. Une rénovation où le geste consiste finalement à faire moins pour révéler davantage.































