« Je ne sais pas, cela vient peut-être du fait que j’ai longtemps habité un atelier d’artiste avec mes parents, dans le 14e… J’ai dû garder un attachement particulier pour ce type de lieu », avance Antoine de sa voix toute en retenue, en touillant l’expresso du Petit Café de Montmartre qu’il aime fréquenter dans son quartier des Abbesses. Voici la première explication qui lui vient lorsqu’on lui demande pourquoi il tenait mordicus à préserver l’esprit de ces lieux dont il fit l’acquisition en 2022 et auxquels il voue une étonnante déférence. Ceux-ci constituaient auparavant l’antre d’un peintre brésilien bien connu dans les parages, qui y officia durant près de cinquante ans.
« À la base, ça n’était pas un
lieu véritablement fait pour
vivre ! »
Amateur de design, Antoine, 35 ans, qui travaille « dans le financement des start-up », a toujours adoré les espaces qui sortaient du commun et entrevu le potentiel de celui-ci dès qu’il y a pénétré pour la première fois. Il faut dire que la luminosité a de quoi impressionner malgré l’orientation plein nord, comme souvent pour les ateliers, qui permet d’éviter que la lumière ne délave les œuvres tout en faisant en sorte qu’elle reste assez homogène toute la journée. Lorsque le nouveau venu se voit remettre les clés, l’ensemble est « bien dans son jus ». Il décide de faire appel à Agathe Marimbert, une amie architecte, pour remodeler l’atelier. « Il y avait des peintures au plafond, des boiseries, une mezzanine en bois… Assez chargé, en somme ! », se remémore l’intéressée. « Cependant, ce logement avait un cachet fou grâce à sa double hauteur et sa grande verrière. La percée que cette dernière ouvre sur la rue Burq, située juste en face, est assez magique. On s’imagine tout à fait vivre ici dans les années 1960, à la grande époque des ateliers d’artistes montmartrois. »
« Antoine ne voulait pas un
espace trop léché mais
quelque chose de vivant. »
Pour donner corps à ce rêve, il importait dans un premier temps de revoir les plans, afin de les adapter aux usages d’Antoine. Car, si l’atelier intégrait une petite cuisine et une salle de bains, le peintre n’habitait pas sur place. « Cette étape franchie, nous avons ensuite choisi des matériaux qui dialoguent avec la rue des Abbesses, comme des rappels, relate Agathe. Avec un constat important : le quartier est très tourné vers les plaisirs de bouche, dont Antoine est très friand. » Résultat, des touches d’inox se faufilent au milieu du bois clair de la cuisine pour rappeler les comptoirs des cafés alentour. Le carrelage de la salle d’eau avec sa couleur verte, lui, fait écho au sol des toilettes ou des cuisines des bistrots. L’acier, utilisé au niveau de l’escalier, de la grande verrière ou de la porte de la salle d’eau, rend également hommage à ces lieux. Et comme la vie est bien faite, tous ces matériaux correspondent aussi à ceux choisis, jadis, pour bâtir les ateliers d’artistes. La boucle est bouclée et l’âme, préservée !


