S'inspirerRénoverAcheter/Vendre

Voir grand dans 61 m² familiaux

L’ancienne menuiserie transformée en duplex de Marion et Marius 61 m² Paris, France 85 000 € Contemporain classique Duplex Enoplide

« Une énorme poubelle » ! On ne saurait trouver terme plus radical que celui employé par Marion Piednoel pour qualifier le lieu sur lequel elle et son mari jettent leur dévolu en 2017, pour y établir leur foyer. « J’avais besoin d’un terrain d’expression vierge où tout serait à imaginer, à construire », justifie, enthousiaste, l’architecte d’intérieur. L’ancienne menuiserie, avec ses trois espaces de guingois, ses fenêtres sans ouvrant et son implantation « absurde », répond alors pleinement aux attentes de la jeune femme : « Je cherchais le pire endroit possible pour le transformer entièrement, en faire quelque chose de totalement différent des rénovations que j’ai l’habitude de mener à bien ».

 

Premier travail : « Convaincre mon conjoint » ! Puis décaisser suffisamment le sol pour obtenir une hauteur sous plafond idoine à la création de deux niveaux distincts, chacun doté de sa propre surface Carrez. Un travail titanesque, qui ne sera pas sans générer son lot de sueurs froides : « Au premier coup de marteau piqueur, j’ai vu Marius, mon conjoint, blêmir. Et pourtant, c’était la seule raison d’exister de ce projet ». Car Marion a décidé de scinder dans sa longueur le généreux volume ainsi obtenu : « L’idée a fait débat chez mes collaborateurs architectes, et pourtant : implantée en largeur, la mezzanine aurait écrasé le volume global, comme les perspectives. Sous elle, on aurait eu l’impression d’étouffer. Tandis qu’ici, la surface se voit encore agrandie. »

 

Telle une passerelle métallique, la structure en acier

ultra-fine (10 centimètres), accueille aisément un bureau d’appoint, la salle de bains familiale et la chambre parentale dans son prolongement. Laquelle est directement ouverte sur le salon. Manifeste ? « J’ai dessiné cet espace comme une succession de beaux volumes, continue Marion, en même temps qu’elle évoque les influences inconscientes de Robert Mallet-Stevens, du plasticien Donald Judd ou du sculpteur Carl Andre. Je voulais un résultat doté d’un fort impact visuel et qui soit aussi le plus en lien possible avec notre scénario de vie propre. La mezzanine ne devait pas devenir l’antichambre du projet. » Casser les codes, sans jamais oublier les impératifs techniques : une affirmation qu’on retrouve jusque dans l’escalier à pas japonais. Ou même dans la salle d’eau, au-dessus. Le bord de la baignoire suspendue y est posé au ras du sol, grâce à un autre décaissement : « L’astuce permet à mon mari, qui est grand, de se doucher sans frôler le plafond situé seulement à 1,90 mètre dans cette zone. »

 

Avant même d’avoir des enfants, le couple avait fait le pari de vivre sans autres portes que celles des W.-C., et celles coulissantes de la salle d’eau, « dans un volume ouvert autant que possible qui corresponde à notre désir de recevoir beaucoup. À l’idée, aussi, d’évoluer chacun selon son rythme et son activité, tout en maintenant une connexion permanente avec les autres. Iris et Karl, nos deux enfants, ont été élevés dans cet esprit. »

 

Pensé pour un début de vie familiale, ce lieu entièrement sur cour – protégé des regards par des stores bateaux et le fin travail de perspectives de la fondatrice du bureau Enoplide – joue finalement les prolongations. « Certains aménagements récents tels que les lits rabattables dans la chambre des enfants ont permis un gain de place. Nous avons aussi la chance que ceux-ci, respectivement âgés de huit et cinq ans aujourd’hui, refusent de grandir dans des espaces séparés. » Preuve, s’il en est, que l’espace dans lequel des individus vivent peut conditionner leurs principes de vie ?

Rendez-vous dans le 10e arrondissement de Paris, quartier où Marion et son conjoint avaient leurs habitudes, avant même d’acheter.

Les hautes fenêtres de l’appartement, en

rez-de-chaussée, donnent sur une cour peu passante. Pour plus d’intimité, des stores intérieurs ont été posés en partie basse.

La très belle hauteur sous plafond frappe dès l’entrée : 3,95 mètres qui ont permis aux propriétaires d’agrémenter l’espace d’un second niveau…

« Toute la complexité du projet a résidé dans le fait de créer une structure suffisamment fine pour accueillir l’étage », explique Marion Piednoel, architecte d’intérieur et propriétaire du bien. Réalisée en acier et

bac-acier, la mezzanine flotte sur les

61 mètres carrés au sol, comme le pont d’un paquebot.

Sur la gauche, la cuisine ouverte et son plan de travail en Neolith. Les placards en hauteur, qui semblent flotter, accueillent ballon d’eau chaude, valises et boîtes à outils.

La porte du frigo a été carrelée, pour se fondre dans le décor.

Les murs qui encadrent l’escalier à pas japonais également. L’œil est attiré vers le niveau supérieur…

Sous les marches, un rangement permet le stockage de l’aspirateur et des produits ménagers.

Le niveau supérieur de l’appartement, d’une surface totale de 19 mètres carrés, est constitué de trois espaces distincts : d’abord, un bureau qui sert à Marion le soir ou le week-end. De chaque côté du poste de travail, de nombreux rangements donnent encore plus de relief à l’espace.

Demi-tour sur le palier : l’accès à la chambre parentale se fait par la salle de bains. L’ensemble a des allures de suite. Pour pallier la relativement faible hauteur sous plafond (1,90 mètre), la baignoire a été installée au ras du sol.

La pièce d’eau intègre, sur la gauche, un dressing dissimulé par de simples rideaux. Face à lui, la verrière en verre semi-armé apporte de la lumière naturelle et préserve dans le même temps l’intimité nécessaire.

La chambre du couple, ouverte sur l’étage inférieur, voit ses perspectives encore augmentées par l’intégration d’une partie de la bibliothèque toute hauteur (21 mètres carrés au total !).

Vu de dessus, le salon. Sous le fauteuil enfant, le niveau du sol tel qu’il était avant les travaux de décaissement nécessaires à l’intégration de la mezzanine. Il a été conservé à cet endroit pour des raisons techniques et financières.

Depuis le bureau, le contraste frais et chaud des façades de cuisine et d’un parquet intégré au moment de la rénovation. « Nous sommes partis de zéro », confirment les propriétaires.

Retour au rez-de-chaussée : depuis la cuisine, on apprécie les 11 mètres de long cumulés de la pièce de vie.

De prime abord imperceptibles, les miroirs arrondis face à la baie vitrée apportent un supplément de lumière et élargissent l’espace, grâce à un habile jeu de reflets. Derrière eux, la verrière de l’étage se prolonge et délimite la chambre des enfants.

Côté salon, reprise d’une même grammaire pour la bibliothèque et les nouvelles fenêtres.

Le rideau en velours se contente – si besoin – de se cacher des regards indiscrets.

« Nous sommes parfaitement isolés et n’avons pas froid malgré l’importante surface vitrée », confirment les habitants des lieux.

Dans le prolongement du salon, le bureau de Marius pour ses jours de télétravail.

Judicieuse, la chambre des enfants se déploie en partie basse de la mezzanine.

L’optimisation des espaces est de mise ici aussi, notamment grâce à deux lits rabattables. Au fond, à droite, le décaissement nécessaire à l’intégration de la baignoire dans la salle de bains du dessus.

Les adresses « Les yeux fermés » de Marion :
 

Pour un dîner dépaysant

LE BAMBOU
23 rue des Jeuneurs, 75002 Paris

Un restaurant thaïlandais, cosy, dont j’adore l’identité. On y mange autant qu’on s’y sent bien !
 

Pour un déjeuner savoureux

LES BRIGADES DU TIGRE
38 rue du Faubourg-Poissonnière, 75011 Paris

Notre best seller à mon conjoint et moi, une cuisine fusion incroyable. Probablement mon restaurant préféré à Paris !
 

Pour une décoration hors des sentiers battus

GALERIE KREO
31 rue Dauphine, 75006 Paris

Pour leurs luminaires intemporels, comme pour tous les designers qu’ils éditent. Du mobilier ludique, remarquable, que je recommande à tous mes clients.

Bibliothèque Cour Cuisine ouverte Miroir Velours Verrière

Photographies : Fabienne Delafraye
Texte : Claire Stevens

Réalisation : Enoplide