« Une énorme poubelle » ! On ne saurait trouver terme plus radical que celui employé par Marion Piednoel pour qualifier le lieu sur lequel elle et son mari jettent leur dévolu en 2017, pour y établir leur foyer. « J’avais besoin d’un terrain d’expression vierge où tout serait à imaginer, à construire », justifie, enthousiaste, l’architecte d’intérieur. L’ancienne menuiserie, avec ses trois espaces de guingois, ses fenêtres sans ouvrant et son implantation « absurde », répond alors pleinement aux attentes de la jeune femme : « Je cherchais le pire endroit possible pour le transformer entièrement, en faire quelque chose de totalement différent des rénovations que j’ai l’habitude de mener à bien ».
Premier travail : « Convaincre mon conjoint » ! Puis décaisser suffisamment le sol pour obtenir une hauteur sous plafond idoine à la création de deux niveaux distincts, chacun doté de sa propre surface Carrez. Un travail titanesque, qui ne sera pas sans générer son lot de sueurs froides : « Au premier coup de marteau piqueur, j’ai vu Marius, mon conjoint, blêmir. Et pourtant, c’était la seule raison d’exister de ce projet ». Car Marion a décidé de scinder dans sa longueur le généreux volume ainsi obtenu : « L’idée a fait débat chez mes collaborateurs architectes, et pourtant : implantée en largeur, la mezzanine aurait écrasé le volume global, comme les perspectives. Sous elle, on aurait eu l’impression d’étouffer. Tandis qu’ici, la surface se voit encore agrandie. »
Telle une passerelle métallique, la structure en acier
ultra-fine (10 centimètres), accueille aisément un bureau d’appoint, la salle de bains familiale et la chambre parentale dans son prolongement. Laquelle est directement ouverte sur le salon. Manifeste ? « J’ai dessiné cet espace comme une succession de beaux volumes, continue Marion, en même temps qu’elle évoque les influences inconscientes de Robert Mallet-Stevens, du plasticien Donald Judd ou du sculpteur Carl Andre. Je voulais un résultat doté d’un fort impact visuel et qui soit aussi le plus en lien possible avec notre scénario de vie propre. La mezzanine ne devait pas devenir l’antichambre du projet. » Casser les codes, sans jamais oublier les impératifs techniques : une affirmation qu’on retrouve jusque dans l’escalier à pas japonais. Ou même dans la salle d’eau, au-dessus. Le bord de la baignoire suspendue y est posé au ras du sol, grâce à un autre décaissement : « L’astuce permet à mon mari, qui est grand, de se doucher sans frôler le plafond situé seulement à 1,90 mètre dans cette zone. »
Avant même d’avoir des enfants, le couple avait fait le pari de vivre sans autres portes que celles des W.-C., et celles coulissantes de la salle d’eau, « dans un volume ouvert autant que possible qui corresponde à notre désir de recevoir beaucoup. À l’idée, aussi, d’évoluer chacun selon son rythme et son activité, tout en maintenant une connexion permanente avec les autres. Iris et Karl, nos deux enfants, ont été élevés dans cet esprit. »
Pensé pour un début de vie familiale, ce lieu entièrement sur cour – protégé des regards par des stores bateaux et le fin travail de perspectives de la fondatrice du bureau Enoplide – joue finalement les prolongations. « Certains aménagements récents tels que les lits rabattables dans la chambre des enfants ont permis un gain de place. Nous avons aussi la chance que ceux-ci, respectivement âgés de huit et cinq ans aujourd’hui, refusent de grandir dans des espaces séparés. » Preuve, s’il en est, que l’espace dans lequel des individus vivent peut conditionner leurs principes de vie ?





































