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Le magazine des intérieurs urbains inspirants de 15 à 70 m²

Un cocon dans l’agitation, 52 m² à Montmartre

L’appartement comme une villa de Jean-Malo et Victor Après avoir visité une vingtaine d’appartements, c’est clairement l’appart le plus calamiteux qu’on ait vu. Mais c’est celui qu’on a choisi ! s’enthousiasme Jean-Malo en nous racontant la genèse de ce projet de couple aux airs de maison de village suspendue, situé dans le Village Ramey, sous Montmartre.

Avant, en bons bretons, avec mon compagnon Victor, on habitait dans le 6ème arrondissement, du côté du boulevard du Montparnasse. On louait un appartement haussmannien de 50 m². On trouvait le quartier super parisien, on hallucinait tout le temps, on aimait beaucoup. On connaissait Montmartre en tant que touristes mais pas plus.

Et puis, naturellement, l’envie de se sentir chez soi naît chez ces deux jeunes professionnels qui se plaisent à Paris. Victor est avocat et Jean-Malo est l'architecte fondateur de l'agence JMLC Studio.

En fait on a cherché pendant un an un appartement avec un extérieur. C’est vital pour nous qui avons passé notre enfance au bord de la mer. Évidemment on ne trouvait rien, et pourtant, on ne s’était même pas donné de limites de quartier. Cet appart, on avait vu l’annonce passer, mais il était vendu loué pour pas mal d’années encore. Donc on ne s’y était pas intéressé. En plus les photos n’étaient pas flatteuses. Mais 8 mois après il est revenu, mais il n’était plus loué. Comme nous croyons aux signes, nous sommes allés le visiter. On a fait le tour du quartier et on l’a trouvé hyper sympa. On a fait des dizaines de photos du Sacré-Cœur ! Bref, on s’est dit qu’on y serait très bien. Et l’appart nous a plu malgré son état déplorable. Il avait 10 fenêtres une terrasse, on s’est décidé très vite. Comme il y avait beaucoup de travaux, ça a dû décourager la plupart des visiteurs. On était jeunes et fous, j’étais archi, on s’est lancé. J’ai tout de suite vu ce qu’on pouvait en faire. Un appart en L, j’ai juste tout mesuré pour m’assurer que lit, le canapé, bref que tout passait. Il suffisait de l’élargir visuellement. On y a immédiatement vu une petite maison.

Jean-Malo et Victor se lancent dans 4 mois de travaux. Sans grandes surprises, ils savaient exactement ce qu’ils allaient trouver. L’immeuble était déjà en cours de ravalement et le toit en réfection. Restait à corriger les défauts de l’appartement : humidité, isolation, dénivelé. J’ai fait tous les plans, le soir, la nuit, je ne pouvais pas m’arrêter. On a choisi une entreprise générale, réunions de chantier tous les jeudi matins à 7h30 et voilà. On avait envie de luminosité et de rendre à cet appart ses lettres de noblesse.

Vient ensuite le temps de la déco. On a vraiment des goûts similaires avec Victor. On se montre des choses, on source des objets qui sont souvent compatibles avec nos deux univers. Victor adore le design et l’architecture. Je ne dirais pas la même chose pour le droit ! Donc on se retrouve sur ce terrain !

Tout commence par une ascension. C’est au quatrième étage de l’immeuble qui longe cet escalier typiquement montmartrois que se trouve l’appartement de Jean-Malo et Victor. On est à la frontière de la butte Montmartre et du village Ramey, un ancien quartier populaire devenu très commerçant. Il y a plein de belles adresses qui ont ouvert, cavistes, commerces de bouche… on peut vivre en autarcie ! explique Jean-Malo. Ici, on a une vie de quartier et en quelques marches, on accède à l’effervescence de Montmartre.

Quelques dizaines de marches plus tard, nous arrivons au sommet… de l’immeuble, au 4ème étage.

Et nous voici dans l’entrée, avec le séjour en ligne de mire. Sur la droite, le bureau, le lieu de travail de Jean-Malo.

Le séjour dans son ensemble. C’est une pièce où on peut recevoir avec une vraie table à manger, ce qu’on n’avait pas dans notre ancien appart. On voulait absolument pouvoir s’asseoir pour dîner, même juste à quatre. Ça a été l’un de nos premiers luxes. À gauche, une enfilade IKEA accueille une lampe Gioa de The Socialite Family.

À droite du canapé Lazare de chez AM.PM, un cube en miroir de chez AM.PM également, complété d’une table ronde Zuiver.

Notre séjour se transforme au fil des saisons. L’été, quand on ouvre toutes les baies sur la terrasse, il s’élargit considérablement. Et quand on reçoit du monde, on utilise la totalité de ce grand espace. Ça circule énormément à travers les baies vitrées ! Au dessus du fauteuil vintage, un miroir rond IKEA. Nous faisons comme les invités et passons sur la terrasse par la fenêtre ouverte.

On a voulu créer une terrasse aux influences méditerranéennes. On a surélevé les baies vitrées pour se protéger de l’eau. On a coulé une résine pour l’étanchéité, on a mis les lames dans le sens de la largeur pour élargir. On a mis une table ronde, c’était important de pouvoir dîner à 4.

Nous sommes de retour dans le séjour. On aperçoit la cuisine dans le prolongement de la pièce.

 

On peut dire que notre séjour s’étend jusqu’à la cuisine en longueur et à la balustrade de la terrasse en largeur. L’hiver, c’est un cocon, et l’été, tu jouis de l’extérieur comme de l’intérieur.

D’une table à l’autre. Pour les dîners d’hiver comme ceux d’été. Il suffit juste d’ouvrir la fenêtre !

La première terrasse dans la longueur.

 

Nous, c’est rooftop à domicile. Nos amis proches savent que c’est ouvert. Ils viennent avec une côte à l’os, des tomates, de la mozza et on dîne. Ils ont résolu le problème des queues pour les roof-tops ou de la surpopulation aux Buttes Chaumont !

 

Jean-Malo et Victor souhaitaient se cacher du vis-à-vis de l’escalier, ils ont donc travaillé une végétation plus haute en bout de terrasse.

 

Le paysagisme, c’est hyper important. Tu as beau avoir la plus belle maison du monde, si à l’extérieur tu n’as pas la même énergie, c’est raté.

La table à manger est entourée de chaises chinées sur Leboncoin. Elle est éclairée par une suspension Circle de Le Deun.

Nous voici dans le bureau, avec vue sur la terrasse qui connecte la pièce au salon par l’extérieur.

 

Ça a été une vraie question de casser les conduits de cheminée pour obtenir un plus grand séjour. Ça aurait été une bêtise de le faire. On aurait eu un bureau dans un coin, une table à manger trop grande sur laquelle tu te serais cassé le nez en arrivant. Là, on a deux alcôves, c’est très agréable.

La vue sur la deuxième terrasse, celle du bureau et de la cuisine.

 

Quand on a un extérieur, c’est une chance. Il faut s’y sentir bien et s’amuser ! C’est trop cool et détendant de jardiner. Il ne faut pas avoir peur, tout est une question de volumes, de superpositions.

Nous voici de retour dans le bureau. Posées sur le meuble USM, deux lithographies rapportées par les propriétaires d’un voyage à Copenhague. À droite du meuble, une grande lampe Toio éditée chez Flos.

Focus sur le meuble bas USM.

La vue vers la cuisine, avec, à gauche, un placard.

 

C’est un appartement qu’on a souhaité ouvrir sans avoir un open space. On voulait une cuisine ouverte, mais indépendante, connectée mais pas présente.

La cuisine en angle, aussi minimale que lumineuse. Dans le prolongement du salon, elle se fait discrète… et conviviale quand il y a des soirées. C’est un peu le “confessionnal” de l’appartement. Elle est en modules IKEA redimensionnés.

Et voici deux des dix fenêtres que compte l’appartement. Elles apportent une très belle lumière et permettent aux cuisiniers de surveiller la pousse des herbes aromatiques sur la terrasse !

Le couloir, on ne savait pas quoi en faire. On a décidé de l’animer parce que c’est la colonne vertébrale de l’appartement. Donc on a trouvé cette solution de soubassement, à la fois esthétique et qui rappelle que c’est une colonne vertébrale. Ça fait assez hôtel, ça anime bien le mur. Ça donne de la perspective. J’ai bossé sur la profondeur de champ. J’ai du faire un espacement super précis entre chaque division.

 

Au mur, des appliques Clessidra éditées chez Flos.

La salle de bains avec vue sur les toits, toute blanche en carreaux 5 x 5, jusqu’aux bouchons des siphons. La robinetterie apporte une touche de noir. Ce sont des produits accessibles, les objets du quotidien peuvent être beaux, il suffit de savoir les chercher.

Le miroir est rétro éclairé. Il est dans le renfoncement du coffrage qu’on a créé afin de faire passer tous les tuyaux vers la chambre où se trouve la colonne d’évacuation.

La vue vers le couloir, avec la baignoire-douche à droite.

 

On a installé des portes à galandage partout pour fluidifier la circulation.

La vue vers la fenêtre de la cuisine depuis la chambre.

 

Elle est traversante avec le soleil du soir et celui du matin. Elle est d’un calme absolu car elle donne sur deux cours. On voit l’étagement des constructions qui filent vers les dômes du Sacré Coeur. On a l’impression de flotter en plein ciel.

On voulait une couleur qui s’accorde aux toits de paris et à la verdure de notre extérieur. On voulait quelque chose de doux. Tous les soirs, nous rentrons “au village”. Et puis, nous montons pour nous retrouver dans notre maison perchée. Notre cocon dans l’agitation.

 

Au dessus du lit, deux tirages de Slim Aarons.

Au dessus du radiateur, une bibliothèque. Détail qui a son importance, les radiateurs en fonte sont tous d’époque. Ils ont été rénové et électrifiés.

 

Ça participe à redonner ses lettres de noblesse à l’appartement. Tout avait été remplacé par des “grilles pains” dans les années 70.

La vue sur les toits depuis l’une des fenêtres de la chambre. On retrouve la teinte bleutée du zinc choisie pour les murs.

Et voici Jean-Malo, l’architecte de son intérieur que l’on remercie pour son accueil et le décryptage précis de son appartement-villa !

Les adresses “les yeux fermés” de Victor et Jean-Malo
 
Pour du bon vin : De verres en verres, 11 rue Ramey, 75018. Des vins en biodynamie, des petits producteurs et des conseils avisés de deux femmes passionnées qui tiennent la boutique.
 
Pour dîner : Polissons, 35 rue Ramey, 75018. Un délicieux néobistrot de quartier, très inspiré.
 
Pour s’évader : La Grenouillère, 9 Rue de la Grenouillère, 62170 La Madelaine-sous-Montreuil (10 min du Touquet) : pas de mots, il faut dîner au restaurant d’Alexandre Gauthier et dormir dans le huttes pour vivre l’expérience.

Photographies : Valerio Geraci, http://www.valeriogeraci.com/
Texte : Jean Desportes

Réalisation : Jean-Malo Le Clerc - Agence JMLC Studio