À Madrid, un appartement des années 1960 avait fini par se perdre dans ses couloirs. Pour un éditeur qui préfère les maisons habitées aux intérieurs figés, le studio JOTAJOTA+ libère ses 60 mètres carrés et leur offre une nouvelle liberté. Le résultat ? Un appartement à géométrie variable, pensé pour vivre seul, recevoir souvent et accueillir longtemps.
À l’origine, pourtant, l’appartement laissait peu de place à cette souplesse. Typique de son époque de construction, son plan multipliait les cloisons et les couloirs, découpant l’espace en une succession de pièces peu connectées. Son propriétaire, lui, rêvait exactement de l’inverse : « Une maison conçue presque comme un laboratoire domestique, pensée pour recevoir, réunir et accueillir. »
Car s’il y vit seul, Rafael aime ouvrir sa porte aux amis et garder une place pour sa sœur, installée à Berlin, lorsqu’elle revient dans sa capitale de cœur. Pour donner forme à cette vie, il confie le projet aux architectes Luis Gil et
Diego Sacristán, qui imaginent alors « une maison ludique, capable de remettre en question la hiérarchie traditionnelle des pièces tout en préservant la mémoire de l’existant ». Et cette dernière se révèle bientôt sous leurs pieds. Une fois le vinyle retiré, le chantier met au jour le sol d’origine en carreaux de ciment décorés. Le duo choisit de le restaurer et de compléter les parties manquantes par une bordure noire. Il devient alors la trame continue sur laquelle vient se construire le nouveau projet. S’y posent alors trois volumes colorés comme autant d’objets à l’échelle de l’appartement.
Le rouge rassemble les usages de la cuisine, du séjour et de la salle à manger ; le bleu accompagne le bureau et la salle de bains ; le vert filtre l’accès à la chambre. Des cloisons mobiles toute hauteur permettent enfin de refermer ponctuellement certaines zones, sans renouer avec le cloisonnement d’origine. L’appartement peut ainsi s’ouvrir lorsque la maison se remplit, puis retrouver davantage d’intimité lorsque chacun reprend ses quartiers. Bois naturel, menuiseries laquées, mosaïque mate et motifs du sol restauré viennent donner corps à cette nouvelle liberté.
Une transformation qui surprend jusqu’à Rafael : « Jamais je ne me serais imaginé vivre dans une maison comme celle-ci, mais en réalité, je l’adore. » Une habitation vibrante, pleine d’identité, qui semble finalement lui ressembler. Ici, tout peut bouger, sauf le plaisir d’habiter. On visite ?































