Au cœur de Tokyo, l’architecte Takeshi Hosaka vit avec
sa femme dans une maison compacte de plain-pied.
Leur style de vie, à la fois poétique et audacieux, attire l’attention bien au-delà du Japon et invite à repenser notre rapport à l’espace et au confort.
Depuis quelques années, le Japon voit émerger la tendance danshari, une philosophie fondée sur l’essentiel, l’abandon du matérialisme au profit d’une vie simple, sans superflu. Alors, quand les gens découvrent la maison de 19 mètres carrés de Takeshi et Megumi Hosaka, ils sont surpris d’y lire une autre histoire. Leur garde-robe est modeste, l’espace de rangement limité, mais leur amour pour les objets charmants et inutiles – disques, jeux vidéo, galets, bocaux, livres – montre qu’ils ne sont pas de purs minimalistes.
« Notre maison est parue dans un journal suisse, dit Takeshi. On a eu des visiteurs du Mexique, d’Europe… tous étonnés. Je ne sais pas pourquoi : 19 mètres carrés, ce n’est pas rare au Japon. »
Takeshi possède aussi LOVE HOUSE, une maison de
38 mètres carrés sur deux étages à Yokohama. En trouvant un terrain à Tokyo, il décide d’en faire une suite : « Ma femme m’a dit que 20 mètres carrés suffiraient pour deux. Puis elle m’a tendu un livre sur la vie à l’époque d’Edo, où quatre personnes vivaient dans 9,9 mètres carrés. J’ai aussi lu un texte de Kenzo Tange disant que trois tatamis par personne (environ 4,8 mètres carrés) suffisaient. Même après-guerre, cela passait pour vivable. » Pensant d’abord que 38 mètres carrés étaient un minimum, Takeshi abandonne finalement son projet à deux étages. Sans escalier, la circulation devient plus fluide et il peut intégrer un grand lit, un frigo normal et une grande table.
La maison, malgré sa taille, respire. La rue devient leur jardin, leur salon. Le bain est dehors, à côté de la chambre. À pied, ils rejoignent Ginza ou le Palais impérial. La ruelle piétonne devant chez eux est devenue leur potager. Aux beaux jours, ils ouvrent les portes vitrées et s’installent comme sur un engawa – véranda japonaise typique –, entre intérieur et extérieur : « Au début, j’étais inquiète que les gens passent si près, dit Megumi. Mais en visitant le chantier, j’ai vu que cela me convenait. Aujourd’hui, je traîne en pyjama devant les portes. »
La cuisine, prévue côté rue, a été déplacée près des portes coulissantes pour des repas presque en plein air. La mai- son casse les idées reçues, une par une. Même le bain, d’abord écarté, est devenu essentiel – à ciel ouvert. Au Japon, le bain est un rituel de ressourcement. Megumi, qui autrefois refusait l’idée d’une baignoire étroite, s’y attarde désormais en regardant les saisons défiler.
Qu’une maison aussi compacte au cœur de Tokyo permette une telle communion avec l’extérieur paraît improbable. Pourtant, en utilisant la rue comme une extension de leur habitation et en se baignant sous le ciel, les Hosaka renouent avec une façon ancienne d’habiter. Non par nostalgie, mais par quête d’une vie plus pleine.


