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Le magazine des intérieurs urbains inspirants de 15 à 70 m²

68 m² flamboyants dans le quartier du Faubourg Poissonnière à Paris

L’appartement comme un grand boudoir de Camille. Les hôteliers créent des ambiances pour les autres. Mais quand il s’agit de leur propre intérieur, sont-ils comme les cordonniers, les plus mal chaussés ?

C’est ce que nous avons voulu vérifier en nous rendant chez Camille Chevillard, la patronne de deux hôtels à Paris. Elle vient d’achever la rénovation du premier, l’hôtel Longchamp Élysée et a lancé celle du second, le Palais de Chaillot qui rouvrira en septembre.

Atmosphère, atmosphère !

On se souvient d’Arletty dans Hôtel du Nord. Justement, ce qu’aime par-dessus tout notre hôtelière, c’est de créer des atmosphères. Des univers propices au dépaysement, qui ajoutent du voyage au voyage. Avec sa mère, elle a l’hôtellerie dans le sang. Depuis que son père les a initiées aux ficelles du métier. À sa disparition, elles ont choisi de poursuivre l’aventure ensemble. Celle des lieux et des rencontres.

Comme un escargot

Pour son appartement, Camille s'est entourée du duo d'architectes de OUI Architecture qui l'ont aidée à mettre en oeuvre sa vision. Quand elle nous explique l'agencement des pièces, elle parle d’un escargot. Car son appartement forme une sorte de grand cercle qui tourne sur lui-même et aboutit à la plus petite pièce.

On a une entrée qui mène à une cuisine – salle à manger assez proportionnée par rapport à la taille de l’appartement. Elle est suivie d’un grand salon, qui conduit à une assez belle chambre, qui elle-même accède à une petite salle de bain, comme une surprise au bout de la visite. Un bonbon à la pointe de la spirale de l’escargot !

De la lumière !

L’appartement de Camille se trouve dans le quartier de Bonne Nouvelle, à mi-chemin entre la Porte Saint-Denis et le Faubourg Poissonnière. C’est un quartier hyper vivant, j’y vis depuis 10 ans, je l’adore. Je cherchais avant tout un appartement avec de la surface et surtout de la lumière, de la lumière, de la lumière !

Alors lumière sur cet appartement qui, à l’instar des atmosphères d’hôtel qui ont inspiré sa conception, invite au voyage et à l’évasion.

Après quelques volées de marches dans la vénérable cage d’escalier de ce vieil immeuble faubourien du XVIIIème siècle, nous voici devant la porte d’entrée.

La porte franchie, face à nous, ce qui pourrait nous sembler une vitrine n’en est pas une ! Il s’agit d’une paroi vitrée qui éclaire la salle de bain en deuxième jour. Équipée d’étagères au verso, elle permet le rangement de flacons qui renforcent l’illusion !

L’entrée vue depuis le couloir, avec la fenêtre sur cour.

Délimitant l’entrée, un meuble en menuiserie multifonction accueille une penderie pour les vestes et manteaux ainsi qu’un espace bureau, multipliant les usages de cette pièce de circulation.

Face au bureau, les WC où le goût de Camille pour les papiers peints s’exprime pleinement. Elle a travaillé l’espace comme une pièce à part entière en lui conférant une personnalité propre avec une cimaise en mosaïque de petits carreaux noirs vernissés, un ciel de lucioles se détachant sur un buisson de fleurs sauvages.

 

C’est sans doute une déformation professionnelle, mais dans l’hôtellerie, on s’attache à prolonger l’expérience client jusque dans les moindres recoins !

Sitôt rentrés dans la cuisine, demi-tour sur nous mêmes pour découvrir la perspective qui file jusqu’à l’entrée. On apprécie l’élégant dialogue de matières et de textures qui est la règle dans tout l’appartement.

Nous découvrons la cuisine – salle à manger. La pièce est ouverte sur le salon à travers de grandes arches. Un dispositif qui multiplie les perspectives, crée de la fluidité en définissant clairement la vocation de chaque espace. On remarque l’élégant jeu qui s’opère entre le rose pâle des façades Reform, la crédence en marbre vert qui se prolonge en encadrement de porte et l’intérieur doré des arches.

Le papier peint, j’adore ça. C’est un élément qu’on peut utiliser pour orienter le style d’une pièce. J’aime ces grands pins parasols qui créent un bel effet de trompe l’oeil depuis le salon. Comme si la cuisine était posée dans une pinède. Ils sont noirs, mais le vert sombre est apporté par le vert du marbre.

 

On remarque le plan noir sur mesure par Easyplan qui s’intègre très bien à l’ensemble.

La cuisine – salle à manger dans la longueur, avec la fenêtre sur rue encadrée de rideaux rose pâle en écho aux façades des placards de la cuisine. À gauche, les trois arches qui ouvrent la pièce sur le salon. On remarque le beau sol en béton ciré.

L’îlot central de la cuisine avec, dans son prolongement, la table de la salle à manger en marbre vert, incrustée dans le meuble.

La vue du bout de table, avec son style contemporéano-antique qui confère à la pièce une atmosphère sophistiquée et intemporelle.

Demi-tour pour découvrir le salon à travers une arche, dans une toute autre ambiance, même si les fondamentaux restent les mêmes.

Sur les piliers entre les arches, une paire d’appliques en laiton de chez Eischoltz, une des marques d’ameublement favorite de Camille.

Depuis le salon, la vue vers la cuisine et sa canopée.

Une variation sur le thème du laiton avec les nombreuses touches cuivrées qui participent à l’unité de la décoration. Au sol, le parquet d’origine a été peint en blanc pour décupler la luminosité de la pièce. Il participe à l’effet de “boîte blanche” assez contemporain qui permet aux éléments de mobilier et de décoration d’émerger pleinement.

Le salon dans la largeur. Il a été traité dans des tons bleus et or. Au mur, on retrouve un nouveau papier peint, de chez Hermès, sur le thème des animaux de la jungle. Qui dit jungle dit palmiers avec la paire d’appliques de chez Eischoltz. Elles encadrent un amusant canapé avec son dossier en boudoirs, de chez Eischoltz lui aussi. Il fait face à deux fauteuils des années 20, retapissés par la propriétaire.

Au centre de la pièce, une table basse Eischoltz posée sur un tapis de chez Benuta.

Le salon est volontairement peu meublé pour garder cette impression d’espace et aussi faciliter le déplacement des meubles pour utiliser le grand miroir du fond de la pièce qui sert lors des cours de yoga que je donne.

 

Le mur miroir agrandit considérablement la pièce tout en étant raccord avec l’un des codes couleurs de l’appartement, le doré. Il réfléchit la luminosité en la réchauffant d’une belle couleur ambrée.

Depuis le salon, la vue vers la chambre.

Nous voici dans la chambre. Le lit, modèle Delia de chez Made.com a été placé au centre de la pièce. La tête de lit en “boudoirs” nous rappelle le canapé du salon. Derrière elle, une verrière pour la circulation de la lumière chère à Camille. Elle laisse apparaître un grand rideau blanc qui recouvre le dressing de l’appartement, comme un drap de lit renforçant la sensation de douceur blanche de l’espace.

Derrière le chevet ancien, la salle de bain. Au sol, on remarque une moquette épaisse qui participe à l’atmosphère douce et délicate de la pièce.

L’envers de la fausse vitrine, la vraie étagère vitrée qui permet aux flacons et bouteilles de révéler les couleurs de leurs liquides en transparence.

La vue vers la vasque grise qui se détache sur de longs carreaux vernissés à la façon de zelliges. Par souci de cohérence, la robinetterie a été choisie en laiton.

Depuis la salle de bain, la vue vers la chambre avec son délicieux esprit boudoir.

Et voici Camille, l’inspiratrice des lieux !

Les adresses “les yeux fermés” de Camille :
 
Pour un esprit trattoria : Libertino, 44 rue de Paradis, 75010 Paris
 
Pour une cuisine méditerranéenne : Mulko, 29 rue d’Enghien, 75010 Paris
 
Pour une cuisine bistronomique : Bonhomie, 22 rue d’Enghien, 75010 Paris

Photographies : Fabienne Delafraye, www.fabiennedelafraye.com
Texte : Jean Desportes

Réalisation : OUI Architecture, https://archi-oui.com/