À Bucarest, Radu Remus Macovei, de Stuff Studio, transforme le rangement en outil de conception. Dans cet appartement de 58 mètres carrés, placards, alcôves et meubles intégrés ne servent pas seulement à stocker : ils organisent les usages, structurent les perspectives et redéfinissent les frontières entre espace privé et espace exposé.
Situé dans un ensemble résidentiel récent à Bucarest, cet appartement a été conçu pour un couple autour d’une réflexion sur le rangement comme dispositif architectural. Dès l’entrée, un premier volume en bois sur mesure affirme ce parti pris en structurant l’espace tout en intégrant les fonctions du quotidien.
Face aux généreuses ouvertures qui baignent l’appartement de lumière naturelle, trois épais volumes de rangement redessinent entièrement le plan. Inspiré par la notion
d’« ante-closet » théorisée par l’architecte, critique et curateur américain Henry Urbach (1963-2019), le projet explore les espaces intermédiaires qui apparaissent entre le meuble et son usage.
Plus qu’un simple placard, ce volume multifonction accueille un bureau escamotable, un système d’éclairage, des rangements et un meuble TV. L’ouverture des panneaux semi-cylindriques révèle ces fonctions successives et transforme le mobilier en véritable acteur de la vie domestique.
Dans la cuisine, les façades cannelées effacent visuellement les lignes d’assemblage pour composer une surface continue. Le rangement n’apparaît qu’au moment de l’ouverture, lorsque les différents panneaux pivotent et révèlent leur contenu.
L’architecte traite les éléments de cuisine comme une composition sculpturale. Les portes s’ouvrent selon plusieurs axes de rotation, fragmentant temporairement la géométrie rigoureuse du volume intégré.
Pensée comme une extension flexible du séjour, la loggia accueille un mobilier capable de disparaître lorsqu’il n’est pas utilisé. Une réponse pragmatique aux contraintes d’un appartement compact.
Déployée, la table transforme le balcon en espace de repas ou de travail bénéficiant de la lumière abondante.
Véritable pièce maîtresse du projet, un volume menuisé jaune concentre plusieurs fonctions habituellement dispersées dans l’appartement. À la frontière entre architecture et mobilier, il matérialise l’idée d’un rangement capable de produire de nouveaux espaces.
Les meubles intégrés remplacent ici les cloisonnements traditionnels. Ils dessinent une succession de seuils et de cadrages qui organisent les relations entre les espaces tout en préservant la continuité visuelle du logement.
Dans la chambre, le rangement devient une épaisseur habitable. Le lit et l’espace de travail prennent place dans des alcôves creusées au sein d’un volume monolithique dont les angles chanfreinés adoucissent la présence.
La niche du couchage illustre la notion
d’« ante-closet » à l’échelle du corps. Ni totalement ouverte ni complètement fermée, elle constitue un espace intermédiaire où se négocient intimité et exposition.
Le soin apporté aux détails d’ébénisterie renforce la dimension architecturale du mobilier. Les lignes douces du bois contrastent avec les murs blanchis à la chaux et accentuent le caractère enveloppant de l’alcôve.
Comme le reste de l’appartement, la salle d’eau privilégie une palette de matériaux sobres et pérennes. Les revêtements sélectionnés par l’architecte prolongent la recherche d’un intérieur à la fois durable, tactile et intemporel.