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Ode à l’intemporalité dans 61 m² à Paris

Un loft comme une page blanche 61 m² Paris, France 95 000 € Minimalisme chaleureux Loft PS Studio

Voici un immeuble qui a connu plusieurs vies... Construit au début du XXe siècle, et situé à quelques encablures du Canal de l’Ourcq, il a d’abord été une brasserie avant de connaître deux surélévations successives. Repéré sur Leboncoin, l’endroit interpelle Pierre Savajol, architecte HMONP et fondateur de PS Studio. Coup de cœur immédiat à l’heure du premier investissement immobilier : « Ce fut ma seule et unique visite », s’amuse-t-il.

L’appréciable hauteur sous plafond (3,20 mètres) et le plan en rectangle le séduisent. Quatre larges fenêtres en enfilade qui donnent sur un jardin et son oasis de bambous finissent de le convaincre qu’il tient là un lieu d’exception : « Au premier étage d’un immeuble, ce type de vue doublée d’une absence totale de vis-à-vis est rarissime dans Paris. J’ai vu en cet endroit, qui ne ressemblait plus à grand-chose à force de transformations incongrues, un terrain de jeu inouï : on pouvait tout casser et repenser entièrement l’espace… »

Les deux appartements qui constituaient les lieux sont décloisonnés pour profiter pleinement de l’exposition sud-ouest. Les pièces techniques trouvent leur place aux extrémités du plan ; l’entrée est conçue comme un local sous mezzanine. Parti-pris audacieux : l’ancien mur de refend descendu permet la création de trois colonnes. Elles structurent visuellement l’espace : « L’idée étant qu’elles permettent un cadrage sur la cuisine depuis le séjour et créent une multiplicité de perspectives et de fausses symétries. »
Autour de leur axe, l’implantation d’une chambre et, à l’extrême opposé, d’un coin bureau transforment le lieu en un modèle de fluidité : « L’appartement est travaillé près du sol, grâce à des meubles bas, de manière à libérer du vide, dans un esprit cathédrale », souligne son propriétaire, qui vit ici avec son conjoint… Verticalité soulignée encore par la chambre d’amis, beffroi perché au-dessus du bureau. « Le travail de l’espace en plan comme en hauteur et l‘usage de matériaux élémentaires illustrent comment l‘architecture d‘intérieur peut servir à la fois la forme et la fonction. »

Facétieuse sous ses airs de ne pas y toucher, la cuisine accueille un « trick » ultime : une porte dérobée, dissimulée derrière un meuble amovible, qui permet aux (nombreux) invités d’accéder directement à la salle de bains – les maîtres des lieux bénéficiant quant à eux de leur entrée privilégiée depuis leur propre chambre, à la manière d’une suite d’hôtel. Choix motivé par un autre besoin essentiel que celui d’accueillir, confirme Pierre : « Je rêvais d’une cuisine toute en longueur, qu’une ouverture "classique" dans le mur n’aurait pas permise. Ce passage camouflé était un vrai pari… qui fonctionne parfaitement, en définitive ! » Avec son agencement optimisé, ses portes qui se dérobent à l’œil et ses hublots intérieurs, cet espace polymorphe est traversé par un autre concept, presque une philosophie : « J’avais la volonté de créer un lieu intemporel qui s’extraie de toute mode et de toute tendance, une toile blanche où l’essentiel serait travaillé comme une vertu. Le peu de meubles présents – assises, table, lit – répond à des besoins fondamentaux. Le reste du mobilier (rangements, placards, cuisine…) est intégré : "il appartient" à l’appartement plus qu’à ses propriétaires... »

À deux pas de l’effervescence du Parc de la Villette et de la Petite Ceinture, un écrin à l’insoutenable légèreté de l’être.

Jean, designer en digital fashion, et Pierre, architecte qui s’est chargé de la rénovation, sont les heureux habitants de ce trois pièces pensé comme un loft.

Une entrée aux airs de manifeste : optimisation oblige, elle accueille une série de rangements. La généreuse hauteur sous plafond permet d’intégrer une alcôve, dont on aperçoit la fenêtre toute en rondeur. En partie basse, en face de la porte d’entrée, une première porte dérobée dissimule les toilettes.

Le credo de Pierre : « Aller à l’essentiel et assumer les éléments techniques ». Les gaines restent apparentes, la brique existante est simplement peinte en blanc… Au sol, un parquet en pin massif.

« J’avais la volonté de créer un lieu intemporel qui s’extraie de toute mode et de toute tendance. »


Parti-pris toujours : le mur de refend a laissé place à trois colonnes sculpturales et monolitiques…

Dans leur partie basse, un coffrage immaculé permet d’adosser le canapé. Il allège aussi visuellement la structure… Au-delà des fenêtres, le jardin voisin et sa forêt de bambous.

 

Lampe sur pied : Artemide.

Canapés : Muji.

Les plantes donnent le la, et conversent avec la minéralité des piliers, recouverts d’un enduit fin d’extérieur.

La cuisine, toute en longueur, se dévoile dans la perspective.

Brutaliste ? Arty ? La cuisine a plus d’un tour dans son sac… Pleinement assumés, la hotte et son conduit s’exposent fièrement.

« Je voulais la cuisine scénique et minimale », précise Pierre. Le siphon derrière l’évier sert d’égouttoir à vaisselle.

 

Carrelage : Leroy Merlin.

La chaleur et l’authenticité du bois contraste avec le blanc givré des lieux.

 

Plan de travail en mélaminé.

Façades : Ikéa.

De l’art de la chine : la suspension, récupérée dans des bureaux désaffectés, dialogue avec une table à manger, extensible jusqu’à dix personnes, trouvée dans une brocante.

Quelques pas de recul, et la deuxième porte dérobée révèle ses secrets…

… derrière un meuble amovible et une crédence fixée en trompe-l’œil, elle mène à la salle de bains.

La pièce d’eau s’offre une teinte soleil, « inspirée des tableaux de Josef et Anni Albers dont je suis fan », souligne Pierre. Au sol, un ragréage brut teinté dans la masse.

La céramique est sertie d’un mortier-joint écologique assorti (Fugabella). Dans le miroir, comme un coucher de soleil, on aperçoit le reflet de la fenêtre qui donne en second jour sur la chambre… La lumière des lieux est modulée par un rideau à lames.

 

Vasque en résine : Reuter

La chambre du couple surfe sur la même vague minimaliste. L’arrondi du hublot apporte une touche de douceur.

 

Applique : Zangra

Chevet : Teebooks

Retour dans le séjour où des rangements sur mesure permettent de tout cacher… Un espace où l’on peut tout faire, même son sport !

Un appartement voulu « comme un espace propice à la création », souligne Pierre – témoins le bureau et ses immenses fenêtres, exposées sud-ouest.

Un lieu propice, selon les heures, à la réflexion ou au sommeil…

L’alcôve qui surplombe la pièce fait office de chambre d’amis. On y accède grâce à un escalier escamotable en pin.

Radicalité immaculée : une fois le rideau séparant le séjour du bureau tiré, l’espace revendique l’épure.

 

Fauteuil : Paulo Mendes Da Rocha pour Objekto

Les adresses « les yeux fermés » de Pierre :
 
Pour une brasserie hors du temps
LA FERME DU RAIL
2 bis rue de l’Ourcq, 75019 Paris
Réalisé par Grand Huit architecture, un projet rêvé avec des potagers urbains et un accès direct sur la petite ceinture pour bronzer en été.
 
Pour un lieu culturel exemplaire
GALERIE ROPAC
69 avenue du Général-Leclerc, 93500 Pantin
Succursale de la célèbre Galerie Thaddaeus Ropac dans le Marais, cette ancienne usine est toute en contraste avec le quartier qui l’abrite.
 
Pour un bar familial avec terrasse
BAR LE PASTORAL
10 rue Victor-Hugo, 93500 Pantin
Très agréable en été, on y fait un stop lorsqu’on remonte le canal… Et on y reste jusqu’au bout de la nuit.
 
Pour un concept-store multimarque à la pointe
THE NEXT DOOR
10 rue Beaurepaire, 75010 Paris
C’est aussi ma salle de yoga au dernier étage !

Alcôve Bois Brique Carrelage Mezzanine Rideau

Photographies : Jean-Baptiste Thiriet
Texte : Claire Stevens

Réalisation : PS Studio