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Le magazine des intérieurs urbains inspirants de 15 à 70 m²

Rêve d’une ville, 115 m² dans le 20ème à Paris

L'appartement haussmannien contemporain de Fanny B et Gabriel Souvent les gens me demandent si on ne veut pas quitter Paris parce qu’on a deux enfants. Non. Malgré la COVID. Je vis ma meilleure vie dans cette ville. Je connais les galères d’une maison. J’ai envie de continuer à vivre comme je le fais.

Fanny n’en revient toujours pas de son grand appartement presque haussmannien. Presque, à cause des balcons. Le balcon filant est au 6ème et pas au 5ème comme d’habitude, mais ça ressemble beaucoup. Ça a les codes parisiens, et c’est ce qu’on aime avec Gabriel.

Une fois n’est pas coutume, nous poussons les murs pour vous faire découvrir l'appartement le plus médiatisé des confinements. Il a tellement fait parler de lui sur les réseaux sociaux que nous avons eu envie de rencontrer la famille qui l'habite et lui donne vie de façon si créative.

Déménager, c'est renoncer (mais pas trop)

Ici, on est dans le 20ème, dans le quartier Saint-Fargeau. Avant, on était rue de Nice, une toute petite rue perpendiculaire à la rue Charonne, la dernière rue du 11ème , limitrophe au 20ème. Ça faisait 10 ans qu’on avait acheté dans le quartier de Charonne. Un studio qu’on a transformé au fur et à mesure en rachetant le palier. On en a fait un 3 pièces de 45 m². On y a emménagé à deux et à la fin, on était 4. Du jour au lendemain, on s’est dit « on déménage ». Mais je ne voulais pas sortir du 11e. J’avais mon coffee shop, Passager, en bas de la rue. J’ai vu le quartier évoluer, j’ai mes adresses. J’ai mis l’appart sur leboncoin et on a reçu 400 messages en 24h. On a fait une vente, mais on n’avait plus d’appart... On a visité dans le 11e avec des prix délirants. On a fouillé, cherché. Gabriel a vu l’annonce sur Seloger. C'était dans le 20ème. Je ne voulais pas y aller. Même si c'était de l'autre côté de la rue. Quand il m’a montré l’adresse, c’était celle d’une fille que je connais bien. J’ai fait un effort. On est resté ¼ d’heure. Gabriel m’a dit « c’est le bon ». Moi, je continuais sur mon blocage. Alors qu’on était à 10 minutes de chez nous. Mais c’est vrai que c’était le bon appart. Jamais on aurait pu trouver une surface comme ça dans le 11ème. Quand on est arrivé ici, notre seul meuble, c’était notre canapé lit.

L’inventrice du « jeté de lit » au sens propre

Mais très vite Fanny noue une relation singulière avec son nouvel intérieur. Il devient une star des réseaux sociaux pendant les confinements à la faveur d’une photo de lit. Après avoir été styliste dans la mode, Fanny est aujourd'hui créatrice de contenus. Son père l'a très tôt initiée à la photo. Elle travaille avec des marques pour mettre en avant leurs produits. Un jour de confinement, ses enfants s’ennuient. Je suis dans mon salon qui n’a aucun meuble à part notre canapé lit, parce qu’avec le confinement, les chaînes d’approvisionnement sont déréglées. Je prends ma couette sur le lit et je la balance sous la fenêtre pour qu’ils s’en servent de tapis de jeu. Je trouve ça joli. Je rajoute deux oreillers et je me dis qu’il y a un truc. Quelque chose de poétique. Je poste sans réfléchir sur Insta. Je suis assez instinctive. Et là, je n’ai pas compris. Les gens se sont emballés. Aux États Unis. Pendant la nuit. Ce n’est pas une histoire française au départ. Y’a un humoriste qui reprend la photo, il dit « les Français sont fous, ils payent 4 000 dollars de loyer et dorment sur des palettes parce qu’ils n’ont plus d’argent ! » Les américains n’ont pas trop l’habitude du parquet. Un maxi débat se lance. La femme de Will Smith s’en mêle, mon compte explose. La photo est reprise par les Kardashian, le Vogue, le NY Times… Je me dis que je peux répondre de façon rigolote. Je refais la photo avec un matelas. Les américains trouvent ça drôle. Ils disent « Ils sont poétiques ces français. » Et puis j’ai continué au fur et à mesure de l’aménagement de l’appart. Les rideaux arrivent, je la refais avec les rideaux en disant « les rideaux sont arrivés ». Et ainsi de suite. Avec des plantes, avec ma fille qui se roule dedans etc… Bref, ça a fait le tour de la planète. En plus Emily in Paris a débarqué sur Netflix. C’est rentré en résonance. Je n’ai plus la main sur cette photo. Pourtant je ne dors pas sous la fenêtre. Ce n’est pas ma chambre. C’est une compo. Mais les gens continuent à me poser 1000 questions.

Et voilà comment on crée une nouvelle image qui cultive le mythe de « l’art de vivre parisien » à l’international. Visite.

Une belle cage d’escalier, typiquement parisienne pour plaire à Fanny et Gabriel, nous conduit au 5ème étage de l’immeuble.

Passé la porte palière, nous arrivons dans une longue entrée – couloir qui assure l’essentiel de la circulation dans l’appartement, comme une colonne vertébrale.

Sur notre gauche, le double séjour.

 

Avec Gabriel, on s’est accordé sur ce style très parisien. On voulait vivre le charme de l’ancien. Il y a quelque chose qu’on ne retrouve pas dans les appartements neufs. On souhaitait capter cette authenticité mais en la balançant avec des choses modernes pour la déco. On ne voulait surtout pas surjouer les choses en mode “mini Versailles”.

La vue vers l’entrée et sa belle enfilade. On remarque les portes fenêtres à carreaux, ces “French doors” comme les appellent les anglo-saxons.

 

L’appart est tout blanc, mais en fait c’est notre choix, tout comme celui de privilégier les matières brutes. Mes amies rigolent en disant que c’est un appartement témoin. On vit très bien en ayant des choses claires et des matériaux naturels. Bon, la table en marbre, elle se prendra du vin ou du citron, on la nettoiera. Et si ça ne part pas, ça la rendra plus belle.

Avant, dans 45 m² à 4, c’était pas simple de faire des choses. On a enfin investi dans un canapé. Je voulais le Camaleonda de Mario Bellini. Je le voulais en kaki, mais je ne l’ai pas trouvé. J’ai eu envie de tenter le canapé blanc. Gab m’a dit “mais t’es dingue, on a 2 enfants en bas âge”. Et je lui ai dit : “Dans 10 ans, ils boiront du vin dans leurs soirées d’adolescents.” J’ai eu tout un débat sur mes réseaux avec les gens qui me disaient de ne pas le faire. C’est vrai, il n’y a aucune raison objective de le faire. Alors je l’ai fait.

 

La canapé Hay est habillé de coussins Maison Sarah Lavoine et Marie Bastide Studio.

Focus sur la table basse The Socialite Family. Derrière elle, un cube vintage AM.PM. Le long du mur du fond, une console extra basse réalisée par un artisan.

Zoom sur le tapis Beldy.

Focus sur la console extra basse réalisée sur mesure qui accueille divers vases artisanaux. Elle cache aussi un vidéo projecteur qui transforme le mur en grand écran.

Le salon avec la salle à manger dans le prolongement. Une belle composition de bougeoirs Maison Sarah Lavoine habille le plateau de la table basse.

 

Quand on est arrivé, c’était le salon de Beetlejuice. Il y avait une tapisserie à rayures grises et noires avec des murs rouges fluos, complètement 90’s. On était dans un film de Luc Besson. On a tout remis à blanc. Avant c’était violet, mauve, turquoise, rouge… avec des meubles très imposants, laqués. Les gens nous on dit : “on vous laisse les meubles”, ils étaient très contents pour nous. J’ai failli pleurer.

À gauche de la table, on remarque une belle bibliothèque vintage.

 

Moi je chine beaucoup. La bibliothèque Fratelli, je l’ai trouvée sur leboncoin. J’avais vraiment en tête ce type d’étagères. En ce moment tout le monde refait ses étagères comme celles du restaurant Jacquemus aux Galeries Lafayette. Moi je voulais du verre, du métal… C’est un antiquaire de province qui les avait achetées à Paris. Il ne livrait pas. Bon ben ça nous a pris toute une journée. Et elles sont revenues à Paris.

Je voulais une table, je voulais une salle à manger pour recevoir notre “crew”. On a un groupe d’amis et on est très fusionnels. On se reçoit tout le temps les uns les autres. Avec le confinement, j’ai tout remis à plat. Avant, avec 5 événements par semaine et 2 dîners, je ne voyais même plus mes amis. Je me suis recentrée sur ma famille et mes proches. Je vais mieux qu’avant la Covid. Je me suis retrouvée.

 

La table Handvark est entourée de chaises New Works. Elle est agrémentée de coupelles et vases vintage, Anissa Kermiche ou BHV.

Nous quittons le séjour pour découvrir la suite de l’appartement. En traversant l’entrée, nous remarquons un tableau d’Hubert Mardi posé sur une belle enfilade trouvée chez Monsieur Joseph vintage.

En face du séjour, la chambre des parents.

La chambre parentale avec, dans son prolongement, la salle de bain. L’esprit naturel et campagne de la pièce est parfaitement servi par la suspension Mademoiselle en raphia de chez Unum Design et les appliques de chevet AM.PM.

En visitant l’appart, j’avais fait un blocage sur les moulures. Tout ce qui était haussmannien avait été enlevé. Tous les soubassements avaient été arrachés, le parquet était en mauvais état… On a tout repris pour redonner à cet appartement son cachet d’origine.
 
En guise de chevets, les tabourets India Mahdavi.

La coiffeuse, composée d’un grand miroir posé sur un bureau vintage.

J’ai toujours été une passionnée de photo, grâce à mon père. Il y avait plein d’appareils qui trainaient chez nous. Quand Flickr est arrivé, j’ai tout de suite ouvert un compte. Il n’y avait pas d’iPhone. Je recevais 50 commentaires par photo. C’était l’ancêtre des réseaux sociaux, tout le monde se parlait librement. Ensuite, il y a eu l’iPhone puis Instagram. Au début, je faisais comme tout le monde. Je publiais mes potes, mes barbeucs, quand je mangeais une salade, inutile. Et puis tous les corps de métiers s’y sont mis. Ça a explosé. Mon compte est monté à 100 K et c’est devenu mon métier.

La vue vers la chambre depuis la salle de bain.

La salle de bain en blanc et crème. Sur la droite, on remarque la vasque toute en longueur, encadrée de deux robinets col de cygne. Elle est posée sur une tablette en béton traitée façon tadelakt.

Au départ, j’étais une créatrice de contenus spécialisée mode et beauté. Mais maintenant, avec le confinement, je suis beaucoup plus déco. Tout le monde se concentre sur son intérieur aujourd’hui.

La vue vers le séjour, avec sur la droite, le dressing.

 

Mon premier boulot c’était styliste. Au début j’étais habilleuse sur les défilés. YSL, Isabel Marant etc… Tu restes 3 h sur un défilé qui dure 15 minutes.

Nous passons une tête dans le bureau, une pièce essentielle qui a achevé de convaincre les acheteurs alors que la crise sanitaire démarrait.

La cheminée du bureau, avec, sur son flanc gauche, une stère de bûches prêtes à rejoindre le foyer. Une composition qui prolonge l’esprit campagne de la chambre.

La cuisine, équipée de façades Reform, a été réalisée sur mesure sur la base de modules IKEA. Au sol, un béton crème.

Le plan de travail et la crédence ont été réalisés en quartz.

La cuisine véhicule elle aussi une atmosphère de sobre naturalité avec ses façades en bois sombre et son sol matiéré en béton. La robinetterie et les poignées en laiton apportent la petite touche de sophistication qui correspond au style de l’appartement.

La salle de jeu et la chambre des enfants, étaient les seules pièces terminées quand nous avons emménagé. Mais tout le reste était encore en travaux : pas de cuisine, pas de dressing dans la chambre…

La salle de jeux des enfants.

 

Cet appart nous a fait vachement de bien quand on y est arrivé. On a pris notre temps pour l’aménager en nous posant des questions pour tout. Qu’est-ce qu’on veut comme table, etc. C’est tellement facile d’avoir des choses chez des fabricants de la fast déco. C’est très pratique. On s’est dit : c’est peut être l’appart de notre vie. Faisons ce qu’on veut vraiment faire. C’est notre terrain de jeu pour un bon bout de temps encore.

La salle de bain des enfants où l’on retrouve les codes développés dans la cuisine.

Il y a une tendance nordique, celle du hygge, qui consiste à se faire du bien à l’intérieur de la maison : allumer une bougie, acheter une plante verte, lire face à la fenêtre. On me pose plein de questions sur le bien être : « où irais-tu acheter une bougie parfumée, un beau pot, une plante verte… » Les gens accordent plus d’importance à leur intérieur et à ce qu’ils y mettent.

Et voici Gabriel et Fanny les deux (très) heureux habitants et décorateurs de ce bel appartement.

Photographies : Fabienne Delafraye, www.fabiennedelafraye.com
Texte : Jean Desportes

Réalisation : Fanny B