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Le magazine des intérieurs urbains inspirants de 15 à 70 m²

Caverne contemporaine dans 70 m² à Paris

L'appartement expérimental de Valéry-Rose. Ce quartier, c’est un peu un hasard. Je me suis installée ici y’a 30 ans, en sortant des Beaux-Arts. J’ai vu la petite place, j’ai adoré. Or il y a 30 ans quand tu disais que tu vivais là, on se pinçait le nez en disant « Oberkampf, quelle horreur, comment tu peux habiter là ! » C’était un quartier avec que des dealers. À tel point que, pour l’anecdote, y’avait pas de citrons chez les épiciers parce que tous les drogués les volaient pour se faire des shoots, ça te donne un peu l’ambiance… Valéry-Rose ne manie pas la langue de bois. Elle dit ce qu’elle pense et ce qu’elle aime. D’ailleurs c’est son métier. De repérer, de sélectionner, de recommander, bref, d’avoir un avis. Un métier protéiforme, riche et foisonnant, comme son appartement. Si bien qu’il est difficile de lui donner un nom. Nous nous sommes mis d’accord sur Conseillère Artistique.

C’est ce qu’elle fait pour le Parcours Saint-Germain, un des événements d’art contemporain à ne pas manquer de ce printemps. Mais aussi pour ELLE, Le Bon Marché ou encore L'Oréal. J’ai vu le quartier changer depuis mes fenêtres. Au début, ce sont les archis, les designers et les artistes qui s’y sont installés à défaut de pouvoir trouver une place dans les beaux quartiers. Du coup, ils ont créé les Bobo quartiers. Avant, il n’y avait rien, et aujourd’hui, tout est à portée de main. Je viens encore de tester un spot fooding de dingue (toutes les bonnes adresses de Valéry-Rose en fin de reportage). Ça bouillonne, c’est très agréable. Alors pour moi, le « c’était mieux avant », non. Et maintenant, tout le monde me dit : « Oh là là, mais comment tu as eu cet appart ? Tu as trop de chance ! ». Bah j’y vis depuis 30 ans, les chatons !

Découvrons ensemble l’intérieur total de cette grande voyageuse et passionnée d’art contemporain. Je crois qu'il y a des parti pris artistiques assez forts. On y retrouve ma personnalité. Je suis une grande curieuse. Comme je regarde tout le temps les choses, ça me donne forcément des idées.

Le classicisme d’une vieille cage d’escalier avec ses belles pierres apparentes peut être trompeur !

Passé la porte d’entrée, c’est un univers singulier qui nous attend. Un espace vivant où tout peut changer à chaque instant. Les références au design organique des années 70 ne sont donc pas un hasard, comme cette superbe suspension en verre de Murano.

L’entrée vue depuis la salle à manger à travers l’arche, avec le bar – passe-plat de la cuisine. À l’origine, la cuisine était fermée par un mur porteur. Comme on ne pouvait pas l’enlever, Valéry-Rose a eu l’idée de faire des arches en jouant avec les formes pour leur donner du caractère. Au premier plan, un ensemble Tulip vintage par le designer Eero Saarinen.

L’ouverture en arche de la cuisine avec sa bordure en lèvre qui nous permet d’accéder à cet espace rose et chaleureux. Au plafond, une suspension Turbo par Louis Weisdorf de 1967.

La cuisine avec sa variation de matériaux et de teintes autour du rose, réalisée au millimètre par l’architecte Marie Deroudilhe avec qui Valéry-Rose s’est parfaitement entendue. On en a fait un espace génial, que je trouve super joli.

La vue vers le salon où trône en majesté le cube de Sabine Marcelis. J’adore les formes qui évoquent l’organique. J’ai l’impression que ce cube est en peau.

Focus sur le sol en béton peigné et sur la superbe table basse de Milo Baughman. Je l’ai trouvée dans une brocante. Je chine depuis toujours. J’ai accumulé des objets depuis des années. Avec le temps, je m’épure. Cette table je l’adore. Elle me fait penser à des bijoux, à des alliances enlacées. Et en plus elle est hyper pratique.

Et voici Brigitte, l’animal de la maison, sur son coussin lamé or. Elle l’adore. Heureusement que ce chien a du goût. Ce n’est pas toujours le cas !

La salle à manger dans la largeur. Avec le frigo, comme un totem, qui s’intègre très bien à l’ensemble grâce à sa teinte crème et ses formes rondes. À croire qu’il a été placé là exprès, comme on aurait pu mettre un jukebox.

Derrière la table, une applique des années 50, chinée à New-York, et une lithographie de Tom Wesselmann datant de 1965.

Nous passons au salon, côté bibliothèque. Au premier plan, un fauteuil vintage récupéré par Valéry-Rose dans la poubelle et réparé au scotch. C’est devenu son fauteuil préféré. Dans le miroir Louis-Philippe, le reflet d’une oeuvre dont on vous parle dans un instant. On s’attarde sur le haut de la bibliothèque avec sa corniche multicolore. C’est le résultat d’un dégât des eaux. J’ai repris le contrôle en intervenant dessus. J’en pouvais plus de ce trou béant qui donnait dans le noir en attendant que les assurances fassent quelque chose. Je me suis inspirée de l’artiste Katharina Grosse. J’ai fait ça en plein hiver. Il faisait hyper froid. À la Glycéro. On ne pouvait pas ouvrir les fenêtres, on était à moitié droguées avec Blue, ma fille. J’ai aussi peint mon compteur à gaz en rose fluo. Donc je fais souvent des bêtises. C’est un appartement labo.

Focus sur la bibliothèque et sa présentation éclectique d’oeuvres et d’objets comme, dans la partie inférieure, d’irrésistibles cookie jars chinées à Los Angeles.

Le salon dans sa largeur. On retrouve au premier plan la table basse de Milo Baughman. Mais notre regard est happé par celui qui transperce le cadre placé au dessus d’un canapé Conran Shop. Il s’agit d’une oeuvre de Brian Calvin. Ce peintre était devenu une obsession. Je l’ai voulu tellement que j’ai soulé la galerie. Je l’ai harcelée pour être la première à voir ses nouvelles toiles. Car sinon, tout est vendu en avant-première et quand les visiteurs lambdas arrivent, tout est déjà parti. D’habitude ils livrent dans des grands lofts à New-York. Mais en fait ils étaient ravis de vendre à une passionnée. Ça les change des spéculateurs. Ça peut être dangereux l’art. Comme dans une relation d’amour. Après la passion, il peut y avoir une rupture brutale. Mais là, non. Ça fait 4 ans que je l’ai et je l’aime de plus en plus.

Nous nous dirigeons vers la chambre et passons devant un corner complètement Valéry-Rosien. J’adore les miroirs. J’en mets partout. Nous passons donc entre une commode en miroir des années 50 et une lampe des années 70, un modèle Baobab par Guzzini.

Comme un lien évident entre les pièces, la lampe Baobab passe le relais à un fauteuil Tulip. Au sol, ainsi que dans la majeure partie de l’appartement, un béton ciré. Comme le reste de l’appartement, il est vivant, il évolue au fur et à mesure. Je rajoute des paillettes dans les craquelures. Je m’inspire du Kintsugi, une tradition japonaise qui consiste à réparer les céramiques avec de la laque recouverte de feuille d’or pour les rendre encore plus belles.

La vue de la petite place depuis les fenêtres de l’appartement. Cela fait 30 ans que Valéry-Rose ne s’en lasse pas. Avec son miroitier d’art, l’un des deux seuls de Paris.

Dans la chambre, meubles anciens ou modernes se conjuguent pour créer une ambiance suave et champêtre où les rideaux de soie débordent sur le sol.

Il flotte dans la chambre une ambiance “Peau d’Âne” qui nous ravit. Au dessus du lit, une adorable composition florale au milieu de laquelle on a glissé une cage à oiseaux. Les appliques de guingois participent à l’aspect enchanteur de l’ensemble.

On remarque le cadre de la porte. Décapé, comme cérusé, il ajoute encore à l’atmosphère rustique de la pièce. Ça m’a pris un week end pour faire ça. J’interviens souvent chez moi. C’est dangereux, je peux faire beaucoup de conneries. N’empêche que c’est très réussi.

Nous passons au grand bureau – atelier, l’ex-chambre du fils de Valéry-Rose avant qu’elle ne rachète le studio mitoyen pour en faire une grande chambre d’enfants à la naissance de sa fille. Au début, je m’en servais beaucoup. À l’époque, on faisait tout à la main. Maintenant, avec l’ordinateur, c’est différent. Je m’en sers de moins en moins. C’est la pièce que je veux transformer en dressing – chambre d’amis.

Focus sur le bureau et ses étagères qui débordent.

Direction l’extension, c’est à dire le studio que Valéry-Rose a racheté pour créer la grande chambre des enfants. C’est sa fille cadette qui l’occupe aujourd’hui, depuis que son frère a quitté la maison pour ses études.

Dans la chambre de la fille de Valéry-Rose, la patte de la Maman reste perceptible ! Je la laisse faire ce qu’elle veut mais j’interviens quand même. J’ai peint la chambre un jour où elle n’était pas là. Ma fille n’aime pas le changement. Moi j’adore. Mais on s’entend bien !

On remarque au plafond un superbe lustre italien des années cinquante en fer forgé à la main, équipé de fleurs en céramique. Au mur, un bureau suspendu qui rappelle le grand bureau de la pièce voisine. Le pouf est de la même matière que le coussin du chien ! La créativité n’empêche pas la cohérence ! C’est d’ailleurs à cela qu’on reconnaît une direction artistique.

Dernière pièce de l’appartement, et non la moindre, la salle de bain, avec ses influences marocco-seventies. On retrouve le goût de Valéry-Rose pour la rondeur et les miroirs. On remarque une multitude d’éclats brillants incrustés dans le tadelakt. Ce sont des micro-miroirs ramenés d’Inde. À gauche, dans les compartiments de rangement, se logent deux chevets empilés de Raymond Loewy ! Avec leurs formes douces et brillantes, on croirait qu’ils ont été conçus sur mesure. Au mur, un miroir papillon anglais art déco.

Focus sur le banc façonné par Valéry-Rose et sur le sol pailleté !

La vasque surmontée d’un élégant miroir 50 aux formes baroques. Il est entouré de baigneuses qui soulignent la nature du lieu.

Nous ne serions pas allés au bout de notre travail sans vous montrer les toilettes, avec tous ces visages qui nous dévisagent ! Pour assouvir discrètement nos fantasmes d’exhibition ?

Et voici Valéry-Rose qui prend la pose dans son fauteuil préféré. Avec son appartement-laboratoire, elle est la créatrice d’une oeuvre en perpétuelle évolution, qui exprime de façon magistrale ce que “l’art d’habiter” veut dire.

Les adresses “les yeux fermés” de Valéry-Rose :
 
Une glace : chez Folderol – 10 rue du Grand Prieuré 75011 Paris
 
Du tissu, des boutons ou du fil : la quincaillerie L’Amour Fou – 3 rue Sedaine 75011 Paris
 
Une galerie : la galerie Crèvecoeur –  9 rue des cascades 75020
 
Des vêtements : Indress “Où j’adore tout” – 74 rue Charlot, Paris
 
Des fleurs à offrir : Castor Fleuriste – 14 rue Debelleyme

Photographies : Fabienne Delafraye, www.fabiennedelafraye.com
Texte : Jean Desportes

Réalisation : Valery-Rose Pfeifer et Marie Déroudilhe (cuisine)