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En toute indépendance dans 63 m² à Voltaire

L’appartement accessible et chaleureux de Marina Carlos Pour tout le monde, la recherche d’un appartement est une question de critères. Pour Marina, ce qui comptait avant tout c’était qu’il soit accessible, qu'il y ait des trottoirs larges autour de l’immeuble, des places de parking devant pour y garer sa voiture, une entrée de plain pied avec un large ascenseur, que l’étage ne soit pas trop haut pour pouvoir descendre en cas de panne. Et aussi que l’appartement ne soit pas trop loin de chez ses parents en cas de problème. L’espace nécessite bien plus de critères quand on souhaite être indépendante en situation de handicap. Ce qui complique encore davantage les recherches dans un marché sous tension comme le marché parisien. J'avais 3 mots clés : sécurité, autonomie et praticité. Et j'ai tout fait en fonction. Je voulais me sentir à l'aise chez moi, explique Marina.

Une nuit d’insomnie, Marina retourne sur internet. Jusqu’ici, les recherches ont été infructueuses. Elle a visité des appartements trop chers, exigus, mal agencés où il y avait beaucoup à faire. Et soudain la perle rare. Un appartement des années 80. Elle le visite avec sa mère qui lui dit : « c’est pour toi ». J’ai vu qu’il y avait le minimum syndical à faire en termes de travaux. Il y avait de l’espace, de la lumière, les pièces étaient toutes très bien agencées dès le départ, il n’y avait pas de portes, tout était ouvert. Marina fait une offre et devient propriétaire dans la foulée.

J’ai eu un accident, j'ai eu droit à des dommages et intérêts et j’ai pu m’acheter un appartement. Je sais que je suis privilégiée. Je suis plus ici pour faire gagner du temps, donner des conseils. Cependant, j'ai envie de partager toutes les infos pratiques récoltées avec les personnes qui en ont besoin, pour leur faire gagner du temps et leur donner des conseils qui peuvent peut-être les aider dans l'aménagement de leur appartement ou maison.

J’ai eu des ennuis de santé qui m’ont obligée à m’arrêter pendant quelques temps. Je me suis mise sur Twitter et j’ai commencé à parler de mon expérience de personne handicapée. J’ai eu des retours de journalistes, d’activistes français et anglophones, et j’ai été contactée pour faire un livre. Comme je préfère m’inscrire dans une démarche collective pour parler de handicap, ce projet n’a pas abouti. Mais j’ai pensé qu’il était important d’écrire un livre, de faire une sorte de guide accessible, pour expliquer l’oppression des personnes handicapées, quelque chose d’un peu plus politique que ce qu’on voit d’habitude dans les médias sur le sujet. J’ai pris 2 ans pour réfléchir à la conception, m’enrichir au contact de différents activistes et partager tout ça dans mon livre que j’ai publié l’année dernière. Il s’appelle « Je vais m’arranger » et met en lumière la réalité du handicap en France concernant différentes thématiques. C’est un sujet tellement vaste, qu’il faut essayer d’être le plus concret, précis et accessible possible. Que ce soit pour les personnes handicapées ou les personnes valides qui n’ont aucune notion par rapport à tout ça. Aujourd’hui, j’ai envie de faire un peu moins de choses théoriques et plus de choses concrètes. Par exemple, raconter comment j’ai aménagé mon appartement, c’est le genre de chose qui va peut-être pouvoir aider d’autres personnes handicapées. En parallèle, représenter ces dernières dans leur quotidien permet de banaliser leur présence dans l’espace public ou médiatique.

Rien que d’être dans la rue devant l’appartement, on était séduites avec ma mère, explique Marina. Autour de l’immeuble, il y a de grands trottoirs, des places de parking parce que j’ai une voiture. Et avec l’école à côté, on trouvait ça sympa.

Un hall d’entrée de plain pied, c’est une visite qui commence bien pour Marina. Car c’est le gage d’un espace collectif accessible. Et ça n’est pas souvent le cas !
Si on veut voir des personnes handicapées, il faut que l’espace public leur soit accessible. C’est difficile de comprendre quelque chose si on n’y est pas confronté dans son quotidien.

À Paris, ça avance mais très lentement. Il y a la volonté mais aussi beaucoup de retours en arrière. Il y a beaucoup de com’ mais pas beaucoup d’actions. Il y a une certaine hypocrisie à mettre les personnes handicapées en avant tout en rétro pédalant sur leurs droits, sur leur autonomie. Or l’autonomie des personnes handicapées, c’est un besoin central dans leurs vies de citoyens.

Nous voici dans l’entrée, avec à droite, la cuisine. Avec la salle de bain, c’est la pièce qui a demandé le plus de travail à Marina.

Il y avait pas mal de propositions sur mesure qui étaient axées “personnes handicapées”. Je les ai contactées, mais j’ai reçu des devis astronomiques. Plus de 25 000 euros pour des choses qui n’étaient même pas belles. Et dont je n’ai pas forcément besoin, avec des télécommandes. Je voulais simplement quelque chose où je pouvais cuisiner en sécurité. À la fin, je me suis tournée vers les équipementiers classiques. Finalement j’ai trouvé chez Schmidt. Je leur ai dit que j’avais besoin d’un plan de travail surbaissé, d’équipements électroménagers surélevés. J’avais repéré un style qui me plaisait et je leur ai demandé si on pouvait l’aménager selon mes besoins. Ils m’ont dit « c’est vous qui décidez » et ont adapté le kit en fonction de mes demandes.

Le plan de travail surbaissé, pour que Marina puisse se glisser dessous et cuisiner en toute sécurité. On remarque quelques rangements hauts.

J’y mets les choses dont j’ai besoin une fois par an. C’est du stock. Par exemple l’appareil à raclette. Dans ce cas, quand un proche me rend visite je lui demande de le sortir.

À côté du réfrigérateur, le four, lui aussi surélevé. Je l’ai pris avec une porte rétractable pour plus de sécurité.

La vue vers le séjour. On remarque un pan de mur avec un motif terrazzo.

 

Cet espace était très grand. Les gens m’ont dit “mets ta touche !”. Moi je voulais que ça respire. Mais je me suis dit qu’on pouvait apporter un peu de couleur. J’ai repris les couleurs qu’on peut retrouver dans mon salon ou ma cuisine pour faire une transition douce, assez chill, entre les espaces. J’ai trouvé l’inspiration “terrazzo” et on a passé un week end avec ma mère pour faire ça. On a découpé les formes, on les a scotchées, on a peint dedans et voilà !

 

Le séjour baigné de lumière avec l’espace salle à manger au fond et à droite, le salon.

Avant j’étais chez mes parents en RDC avec vue sur cour. Je trouve que je me sens mieux ici, avec toute cette lumière : aujourd’hui, j’aurais du mal à m’en passer ! Ici j’ai trouvé ma base et je rayonne autour !

 

Avec le tapis de chez La Redoute Intérieurs, la table basse de chez Habitat et le canapé de chez Made.com

Je suis assez minimaliste, je ne voulais pas mettre trop de choses car chaque objet peut être un obstacle. Donc ici, tout a un sens. Mais je crois avoir réussi à réaliser un espace qui est cosy, accueillant, où les gens se sentent bien, bref un espace aménagé à mes besoins mais qui a son propre petit style.

Sur la table basse du salon, le livre de Marina, “Je vais m’arranger”.

 

Le titre est symbolique d’une vie où on passe notre temps à devoir s’arranger car rien n’est fait pour nous.

Le coin bureau où Marina travaille et écrit, par Habitat.

Je vais enfin pouvoir reprendre mon rôle d’hôtesse ! Depuis la fin du confinement et la vaccination, j’ai pu recommencer à accueillir des amies et amis chez moi, ce que j’adore faire ! Et comme il n’y a pas grand chose d’accessible dehors, les cafés etc., je me sens juste mieux ici. Sortir c’est toujours une limite, car ce n’est pas que la question des espaces mais aussi celle du chemin de mon appartement à l’endroit où je souhaite me rendre. Mais ça manque forcément pour l’aspect social, vu que les cafés, les bars sont des lieux de rencontres et les personnes handicapées en sont souvent isolées.

Le mur du couloir, avec à gauche, dans une caisse, les pinceaux qui semblent prêts à resservir !

Dans ma chambre, je n’ai pas eu besoin de faire grand chose. Il y avait déjà des placards. J’ai juste rajouté quelques éléments pour les rendre le plus accessible possible. Autrement il y a juste mon lit avec des petites tables de chevet. Je ne voulais pas qu’il y ait trop de trucs qui traînent.

On comprend Marina, une chambre doit avant tout être un espace reposant et non un casse-tête !

 

Grande lampe sur pied du BHV.

La salle de bain, avec son lavabo surbaissé et sans coffrage, rehaussé d’un grand miroir pour que Marina puisse s’admirer.

 

La salle de bains, c’est la pièce qui m’a demandé le plus de réflexion. Il fallait transformer la douche pour la rendre utilisable et que je puisse faire facilement mon transfert de mon fauteuil à la douche.

Le banc de douche, traité dans le même carrelage que le sol.

 

Je me suis dit que ce serait pas mal de faire un petit banc en forme de L pour que je puisse faire mon transfert et ensuite me poser de manière un peu plus allongée en ayant de l’espace pour que l’eau coule et que tout se passe bien. Au départ, ce qu’on avait fait était un peu trop bas. On a rehaussé. Bref, on a tâtonné mais désormais, c’est très fonctionnel, je peux prendre ma douche en sécurité.

Les adresses “les yeux fermés” de Marina :
 
Pour savourer : Nossa Churrasqueira, 147 Boulevard de Charonne, 75011. Un petit bout de Portugal dans le quartier : le plat phare est le poulet grillé à la portugaise mais Nossa sert également d’autres délicieuses spécialités lusitaniennes.
 
Pour s’évader : l’Atelier des Lumières, 38 Rue Saint-Maur, 75011. Des expositions immersives pour découvrir des artistes d’une nouvelle manière.
 
Pour une pause sucrée : C’est mon donuts, 49 Rue du Chemin Vert, 75011. Mention spéciale pour le donuts spéculoos (attention, il y a une marche à l’entrée de la boutique).

Photographies : Fabienne Delafraye
Texte : Jean